Eau et industries en France

Explorer les futurs possibles

Dans un contexte marqué par les tensions croissantes sur les ressources hydriques et les effets du dérèglement climatique, le lien entre eau et industries devient un enjeu stratégique pour l’avenir des filières industrielles et des territoires. Pour anticiper ces défis, l’association Futuribles International met en place un dispositif de prospective, réunissant acteurs publics et privés autour de quatre réunions, intégrant des ateliers de design fiction pour imaginer des futurs possibles à l’horizon 2040-2050.

Organisation

Un cycle de conférences

Pour initier cette démarche, Orano et Futuribles ont proposé un cycle de conférences pour dresser un premier aperçu des enjeux clefs de la thématique. Ces conférences d’experts sont disponibles en replay pour les membres intéressés de l’association Futuribles :

Un format de travail collaboratif

Ce dispositif s’organise autour de quatre rencontres, combinant réflexions collectives et exploration prospective :

  • Réunion 1 : Identification des principales transformations, diagnostic des enjeux.
    25 avril 2025 | 9h30-12h30
  • Réunion 2 :  Construction collaborative de scénarios prospectifs sur les sujets à fort impact pour les industriels.
    26 mai 2025 | 14h-17h
  • Réunion 3 : Exploration des enjeux, impacts, solutions par des ateliers de design fiction.
    25 juin 2025 | 9h30-12h30
  • Réunion 4 : Restitution et pistes opérationnelles pour une gestion intégrée eau-industries.
    5 septembre 2025 | 14h-17h

Ce travail donnera lieu à la production d’une analyse prospective de synthèse et la mise à disposition des travaux intermédiaires produits dans le cadre de ce groupe.

Le dispositif est porté par l’association Futuribles International et soutenu par Orano.

Les organisations membres de Futuribles International intéressées par le dispositif sont invitées à se faire connaître.

Pour obtenir plus d’informations

Contactez-nous en envoyant un mail à Quentin Bisalli.

Pourquoi cette initiative ?

Ce dispositif ambitionne de répondre à des questions cruciales :

  • Comment anticiper et réduire les conflits d’usages liés à l’eau ?
  • Quelles stratégies adopter face aux risques climatiques et hydriques pour les industries ?
  • Quels modèles économiques et technologiques permettront de concilier efficacité industrielle et gestion durable de l’eau ?

L’objectif est de soutenir les transitions industrielles vers des pratiques résilientes, tout en intégrant les impératifs environnementaux et sociétaux liés à l’eau.

Transformations en cours, quelques enjeux

Le climat bouleverse les réserves d’eau : un défi pour les industries

Le dérèglement climatique modifie radicalement les cycles de l’eau. Sécheresses prolongées, pluies diluviennes et variabilité accrue mettent sous tension les ressources hydriques, menaçant leur disponibilité et leur qualité.

Les industries les plus dépendantes en eau, comme l’énergie ou l’agroalimentaire, devront s’adapter tout en respectant des normes environnementales de plus en plus strictes.

Le secteur énergétique explore des systèmes de refroidissement en circuit fermé pour diminuer les prélèvements d’eau des centrales thermiques et nucléaires. Face à ces bouleversements, les infrastructures de stockage et de transfert d’eau, ainsi que des régulations plus strictes, seront essentielles pour assurer une gestion durable.

Sécheresses, inondations, pollution, l’eau devient un risque majeur

Les événements climatiques bouleversent la disponibilité de l’eau, impactant les chaînes de production. Les sécheresses prolongées forcent certaines usines à ralentir ou arrêter leur activité, tandis que les inondations endommagent les infrastructures. La pollution croissante et la salinisation des nappes phréatiques compliquent davantage l’accès à une eau de qualité. Face à cela, les entreprises doivent anticiper avec des infrastructures plus résilientes et des plans de continuité d’activité adaptés.

L’eau sous tension dans de nombreux territoires, arbitrages et régulations entre industrie, agriculture et citoyens

L’augmentation des besoins en eau intensifie les tensions entre agriculture, industries et usages domestiques, surtout dans les régions déjà fragiles (voir la carte ci-dessous).

Ces conflits d’usage obligent les territoires à repenser leur gouvernance et leurs priorités. Par exemple, les restrictions imposées aux agriculteurs lors des périodes de sécheresse dans de nombreuses régions du monde (France, Espagne, Californie…) illustrent la nécessité de choix difficiles.

De nouveaux mécanismes, comme la tarification progressive ou des quotas d’usage, deviennent des outils stratégiques pour réguler la consommation et éviter les crises.

Eau, industrie et économie circulaire

L’eau est un intrant clé pour l’industrie, mais sa raréfaction pousse les entreprises à innover. L’économie circulaire s’imposera de plus en plus avec des solutions de réduction, réutilisation et recyclage.

Dans l’agroalimentaire, des brasseries récupèrent désormais l’eau issue du processus de fabrication pour nettoyer leurs équipements, réduisant ainsi leur empreinte hydrique. Dans l’énergie, certaines centrales à biomasse réutilisent les eaux usées traitées pour leur refroidissement, limitant leur dépendance aux sources naturelles.

L’essor des plateformes collaboratives entre industries permettrait également de mutualiser l’utilisation de l’eau et de réduire la pression sur les ressources.

Les innovations technologiques pour une industrie résiliente

D’ici 2040, les innovations dans le domaine de l’eau et de l’industrie seront notamment tirées par les enjeux du stress hydrique, l’optimisation de la consommation et la réduction des impacts environnementaux. Le recyclage de l’eau pourrait devenir la norme avec des usines en boucle fermée (« zéro rejet liquide »), des membranes de filtration ultra-performantes (comme celles à base de graphène) ou des biotechnologies capables de traiter les polluants les plus résistants. L’essor du dessalement solaire et des procédés électrochimiques permettent d’envisager l’exploitation de nouvelles ressources en eau (à des niveaux à déterminer).

L’industrie adoptera des modèles circulaires où les eaux usées seront partagées entre secteurs et réutilisées après traitement avancé. Dans les process, IA (intelligence artificielle) et capteurs IoT (Internet of Things) permettraient d’optimiser la gestion en temps réel et la détection de fuites et polluants pour une réponse immédiate.

Face aux sécheresses accrues, les infrastructures de stockage pourraient évoluer vers des systèmes souterrains réduisant l’évaporation.

L’eau comme facteur et risque géopolitique

L’eau est un enjeu géopolitique majeur, influençant les relations internationales et la stabilité régionale. La disponibilité et la gestion de l’eau peuvent provoquer des tensions entre pays, surtout dans les régions où les ressources hydriques sont limitées.

Par exemple, le bassin du Nil est une zone de tensions entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie, en raison de la construction du barrage de la Renaissance par l’Éthiopie, qui pourrait affecter le débit d’eau en aval.

La gestion partagée de la ressource en eau a donné lieu à des dispositifs de gouvernance multi-acteurs : des agences de l’eau en France aux agences de bassin dans certaines régions du monde (comme en Afrique notamment). Ces dispositifs sont-ils résilients aux transformations à venir (régimes hydriques, demande, etc.) ?

Quel potentiel des plateformes collaboratives : vers une gestion optimisée de l’eau entre industries ?

Face à la raréfaction de l’eau, les industries doivent innover pour réduire leur consommation et améliorer l’efficacité de leur gestion hydrique. L’une des solutions prometteuses repose sur le développement de plateformes collaboratives, où plusieurs entreprises d’un même territoire mutualisent leurs ressources en eau.


Comment ça fonctionne ?

Ces plateformes permettent aux entreprises de partager et réutiliser l’eau selon leurs besoins spécifiques, optimisant ainsi son usage tout au long du cycle industriel. Par exemple, une usine agroalimentaire produisant de l’eau usée pourrait la transférer à une autre entreprise pour un usage secondaire, comme le refroidissement ou l’irrigation. Dans certaines zones industrielles, ces plateformes peuvent être intégrées à des écoparcs industriels. C’est le principe de la symbiose industrielle, qui vise à créer des boucles d’utilisation fermées.

Danemark – Kalundborg Symbiosis : Ce site industriel fonctionne en circuit fermé. L’eau issue de la production d’une raffinerie est traitée puis utilisée par d’autres industries pour le refroidissement ou le nettoyage.

Singapour – Water Hub : Plusieurs entreprises coopèrent pour recycler les eaux usées industrielles, qui sont ensuite utilisées dans des procédés moins exigeants en qualité d’eau, réduisant ainsi la pression sur les réserves d’eau douce.

France – Usine du futur : Des initiatives émergent, où des clusters industriels travaillent ensemble pour optimiser leur empreinte hydrique via des réseaux intelligents de redistribution d’eau.


Avec des incitations réglementaires et des investissements, ces plateformes pourraient devenir un nouveau standard industriel, pour une gestion plus durable.