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Naissance et mort : la biologie sous contrôle ?

Chapitre 3 du Rapport Vigie 2023

Naître et mourir, ces deux événements souvent mis en opposition dans nos imaginaires, ont toujours eu une place ambiguë dans les sociétés humaines. Longtemps considérés comme une fatalité, ils ont aussi toujours fait l’objet de tentatives pour les maîtriser, alors que leur caractère aléatoire leur conférait une dimension mystique ou religieuse.

Mais, à mesure que nos sociétés se sécularisent et que la médecine et, plus largement, les technologies du vivant progressent, naissance comme mort apparaissent de plus en plus sous contrôle. Jamais dans l’histoire de l’humanité les individus n’ont eu, en théorie, autant de possibilités de décider des conditions de la procréation, de l’enfantement, et même, sous certains aspects, de la mort.

En parallèle, alors que l’espérance de vie des individus occidentaux s’allonge significativement, ces derniers apparaissent aujourd’hui simultanément confrontés à la perspective de vies plus longues, plus diverses, avec un âge d’or de la jeunesse à faire durer (par exemple, en repoussant le moment de la maternité chez les femmes), mais aussi à la perspective d’une vieillesse prolongée, couplée au risque de contracter une ou plusieurs maladies chroniques, ainsi qu’à celle, plus globale, de connaître, de son vivant, des bouleversements écologiques sans précédent. Ces trois perspectives s’entrechoquent et génèrent des aspirations ou comportements en apparence contradictoires vis-à-vis de la naissance parfois souhaitée, parfois refusée radicalement, et du décès dont la réalité concrète et les questions qu’il pose sont souvent niées, comme en témoignent les controverses sur la légalisation de l’euthanasie qui, trop souvent, font l’économie d’une réflexion de fond sur la question de la responsabilité des vivants face aux mourants. Ces comportements semblent alors traduire la persistance d’une pulsion de vie naturelle, biologique au sein de sociétés qui, par ailleurs, sont de plus en plus confrontées aux angoisses de la mort et qui ne disposent plus — ou moins — de cadres ou référents collectifs symboliques pour appréhender naissance et mort.

Dans ce contexte, nous observons, alors, des tensions croissantes entre :

• La persistance voire le développement du désir d’enfant au sein des populations occidentales, comme en témoignent, par exemple, les revendications au droit à avoir un enfant pour tous et toutes, y compris pour des individus biologiquement non aptes à procréer ; versus la cristallisation de nouvelles controverses autour de la nécessité de contrôler la démographie au regard des enjeux climatiques (mouvement No Child pour le climat) ou de prioriser les politiques publiques vers la prise en charge des personnes âgées nécessitant des soins.

• Une artificialisation inédite de la biologie humaine et une hyperrationalisation apparente de la naissance et de la mort ; versus des attentes de réhumanisation de ces deux événements corrélées à la persistance voire la résurgence de rituels considérés comme irrationnels, et de mouvements mystiques ou religieux, parfois radicaux dans leur forme et leurs pratiques.

Ces tensions interrogent quant aux trajectoires futures des relations qu’entretiendront nos sociétés à ces deux événements : le mouvement d’artificialisation de la biologie humaine se poursuivra-t-il sans entrave dans les décennies à venir ? Qui aura accès aux technologies de procréation, mais aussi qui pourra programmer sa mort ou soulager sa souffrance, et avec quels cadres éthiques et juridiques ? Observera-t-on, par ailleurs, la cristallisation de nouvelles approches religieuses pour faire face aux mystères de la mort ou bien vivrons-nous, au contraire, une rupture transhumaniste sans précédent ?

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