Antoine Chollet est maître de conférences en sciences de gestion à l’université de Montpellier, spécialisé en jeux vidéo, e-sport et ludopédagogie. Alors que le secteur du jeu vidéo s’est largement démocratisé, jusqu’à devenir la première industrie culturelle en France en termes de chiffre d’affaires, Antoine Chollet revient sur les évolutions actuelles et à venir du secteur, ainsi que sur les transformations des pratiques et des attentes des joueurs.
Comment le marché du jeu vidéo fonctionne-t-il aujourd’hui ?
Antoine Chollet : Aujourd’hui le marché du jeu vidéo est principalement tiré par de grosses licences : c’est le cas du studio Rockstar Games avec la série Grand Theft Auto (GTA) par exemple. Ses opus sortent tous les 5 à 10 ans, mais ce sont des poids lourds, qui marquent des générations. On pourrait citer de nombreux autres exemples, souvent vieux de plus de 15 ans : The Legend of Zelda, Final Fantasy, Call of Duty, Assassin’s Creed… À l’avenir, il est très probable que les studios continuent de surfer sur leurs licences « triple A [1] », tout simplement car cela leur permet de minimiser les risques et d’être mieux assurés de répondre à une attente des joueurs, qui continue globalement à se confirmer.
Mais tous les acteurs ne peuvent pas se permettre de suivre ce modèle. À côté, il y a des jeux et des studios beaucoup plus indépendants, qui vont proposer des expériences et des univers souvent plus atypiques, plus créatifs. Sur ce segment, on observe une belle dynamique depuis au moins 10 ans, qui en retour alimente et renouvelle les productions triple A. Pour ces créations indépendantes, c’est la logique inverse : il y a peu d’attentes à la base, mais beaucoup de risques, étant donné la situation de surproduction de jeux vidéo. La quantité de nouveaux jeux qui arrivent sur le marché entraîne mécaniquement une déperdition des joueurs, et donc une instabilité des studios, qui peuvent facilement fermer si leur p



