Comme de nombreux autres secteurs, le monde de la culture et de la création artistique est directement concerné par le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) générative, qui transforme les processus et les métiers liés à la création sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’inspiration initiale jusqu’à la distribution et la valorisation. Dans ce paysage émerge un objet spécifique : les contenus artistiques entièrement générés par des outils IA, sur la base d’un simple prompt, qui ont pris depuis un an une place importante.
Pour ne citer qu’un exemple, on estime qu’environ un tiers des nouveaux morceaux de musique déposés sur les plates-formes de streaming étaient à l’automne 2025 entièrement générés par l’IA. Cela avec un certain succès : l’immense majorité des auditeurs ne sont pas capables de distinguer une musique IA d’une musique créée par un humain — la même difficulté s’observait pour la poésie dès la version 3.5 de ChatGPT. Et quand elle est évidente, la trace de l’IA ne semble pas perturber les foules, à en juger par la séquence médiatique autour du titre Toi et moi du rappeur Jul l’été dernier, ou encore le classement Spotify néerlandais récemment infiltré par des chansons racistes créées par IA.
L’ampleur du phénomène, qui dépasse largement le cadre des contenus culturels, est telle que le dictionnaire américain Merriam-Webster a consacré « slop » (« bouillie », terme utilisé pour désigner les contenus numériques de piètre qualité générés par IA) comme mot de l’année 2025. Quelles perspectives peut-on esquisser quant au développement de ce type de contenus et à leur réception par le public ?



