Une création produite par intelligence artificielle (IA) à partir d’œuvres existantes, sans les reproduire à l’identique, peut-elle être qualifiée de contrefaçon ? La question invite à repenser les critères juridiques de la contrefaçon à l’ère des créations automatisées.
À chaque révolution technique, notre conception de l’art, de l’auteur et de la création est bouleversée. Au XIXe siècle, l’apparition de la photographie a suscité des inquiétudes profondes : réduisant, selon certains, l’acte créatif à une simple reproduction mécanique de la réalité. Charles Baudelaire, dans sa célèbre critique du Salon de 1859, exprimait un rejet farouche de la photographie comme forme d’art, redoutant qu’elle supprime l’élément essentiel de l’œuvre : l’empreinte de l’âme de l’artiste. De manière comparable, au XXe siècle, l’apparition des effets spéciaux numériques au cinéma a ravivé ces interrogations, confrontant les réalisateurs à la question complexe de l’authenticité artistique dans un univers où les images peuvent désormais être créées, modifiées ou entièrement simulées par ordinateur.
Un siècle et demi plus tard, les mêmes interrogations resurgissent face à une nouvelle révolution : celle de l’IA générative. L’IA ne se contente plus d’optimiser des processus, elle produit désormais des textes, des musiques, des images — souvent saisissants de qualité — à partir d’instructions textuelles, parfois floues ou poétiques. DALL·E 3 (lié à ChatGPT), Stable Diffusion ou encore Midjourney permettent à tout un chacun de générer des contenus visuels ou narratifs à l’esthétique élaborée, en quelques clics. Les usages explosent, les résultats fascinent… et inquiètent.
La popularisation de ces technologies a fait émerger une pratique massive : la création d’images imitant le style d’artistes ou de studios célèbres — le style Ghibli en est une illustration emblématique, tout comme les mèmes détournant le style Pixar. Si ces images ne constituent pas des copies stricto sensu, elles soulèvent cependant des interrogations


