Revue

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Derrière les trottinettes, les “juicers”

L’arrivée dans les grandes villes françaises, notamment à Paris, des offres de location de trottinettes électriques en free floating (sans stations) nous donne l’occasion d’observer au quotidien un inventaire assez complet des effets pervers de la gig economy. Si nombre des désagréments induits sont visibles au grand jour (conflits d’usage des trottoirs, conduite dangereuse, vandalisme), ceux qui nous intéressent ici en matière de conditions de travail s’observent surtout de nuit, lorsqu’il s’agit de recharger les batteries de ces milliers d’engins dispersés à travers la ville. Ce nouveau travail est effectué essentiellement par des autoentrepreneurs payés à la tâche et affublés du surnom vitaminé de « juicers ». Comme nous allons le voir, ici ce ne sont pas des fruits qui sont pressés mais plutôt les travailleurs.

Un développement fulgurant et anarchique

Sont apparues en quelques mois sur les trottoirs parisiens des milliers de trottinettes électriques en location. On en dénombre aujourd’hui plus de 15 000, ce chiffre devant passer à 40 000 dans les prochains mois, proposées par une dizaine d’opérateurs. Au regard de l’offre de mobilité déjà existante à Paris avec un réseau de transports en commun très dense, de nombreux taxis et VTC (voitures de transport avec chauffeur), des flottes de vélos en libre-service, il s’agit manifestement d’une filière inversée telle que définie par J.K. Galbraith [1], à savoir que c’est l’offre qui génère le besoin et non l’inverse. Ce mécanisme s’avère être un pilier important de la « nouvelle économie » au même titre que le ph�