Nous assistons depuis plusieurs années à un essor des mesures protectionnistes à travers le monde. Les décisions et les revirements spectaculaires de Donald Trump contribuent à faire de cette tendance un mouvement de long terme. Les États-Unis, la Chine, et à présent l’Union européenne (UE) et d’autres pays tiers cherchent à sécuriser leurs économies en s’appuyant sur les dépendances commerciales. Pour les États-Unis et la Chine, il s’agit de faire de cette dépendance un levier de coercition, tandis que l’UE entreprend de tirer parti des interdépendances commerciales, en s’appuyant sur le principe de « l’indispensabilité stratégique » adopté par le Japon. Entre opportunité du rapport de force et recherche de stabilité souhaitée par les entreprises, le commerce mondial se réorganise.
Où cela mène-t-il ? Est-ce la fin de la mondialisation ? Les relations commerciales sont-elles désormais inféodées à la géopolitique ? Quelles résistances notamment dans les puissances moyennes ou émergentes ? Quels scénarios peut-on esquisser concernant le commerce international ?
Pour nous éclairer sur ces questions, Elvire Fabry, conseillère scientifique de Futuribles International et directrice du programme Commerce et sécurité économique à l’Institut Jacques Delors, est l’invitée de L’Écho des futurs.
La mondialisation en profonde mutation
Le commerce international ne s’effondre pas, mais il change profondément de nature. Il se contracte et sort d’une logique d’optimisation des coûts pour entrer dans une ère de sécurité économique, où les échanges deviennent un instrument de puissance.
Depuis près d’une décennie, nous avons observé une augmentation des mesures protectionnistes : entre 2017 et 2024, les barrières commerciales ont augmenté de 500 %. La croissance du commerce mondial a eu tendance ces dernières années à ralentir.
La « géopolitisation » du commerce
La Chine comme les États-Unis exercent un poids déterminant sur le commerce international : avec la hausse des droits de douanes américains, les exportations chinoises vers les États-Unis ont chuté de 25 % en 2025, provoquant une redirection de ces exportations d’abord vers le sud-est asiatique et le Japon, mais aussi vers l’UE et l’Afrique, ainsi que vers l’Amérique du Sud.
Dans cet épisode, Elvire Fabry développe deux scénarios possibles :
- Une guerre froide économique dans laquelle les entreprises et les États seraient progressivement contraints de choisir un camp, au prix d’une fragmentation accrue des marchés et des chaînes de valeur.
- Une mondialisation sous égide chinoise reposant sur une dépendance croissante du reste du monde à la capacité d’innovation et de production de la Chine.
Une troisième voie possible ?
Elvire Fabry aborde la coordination possible du bloc européen avec les 12 pays du CPTPP (Comprehensive and Progressive agreement for Trans-Pacific Partnership) qui, ensemble, représentent plus de 35 % du produit intérieur brut mondial en 2026 et pourraient contribuer à stabiliser le système commercial mondial en défendant un commerce ouvert mais encadré par des règles.





