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Consommer moins, vivre mieux ?

Depuis quelques années, la consommation des Français croît plus lentement, voire stagne. Pour l’année 2025, la consommation de biens et de services devrait tout juste progresser d’un petit 0,7 % selon la Banque de France, et elle ne devrait pas dépasser 1 % en 2026. Mauvaise nouvelle pour certains, bonne nouvelle pour d’autres, nous faisons le point dans cet épisode de L’Écho des futurs, avec Cécile Désaunay, directrice d’études à Futuribles, qui a récemment publié un ouvrage sur la question : La Société des besoins. Comment passer du superflu au suffisant ?

Les quatre moteurs structurels de l’essoufflement de la consommation

Le ralentissement de la consommation n’est pas l’effet d’un cycle économique défavorable selon Cécile Désaunay, mais la conséquence de transformations profondes et durables.
Quatre dynamiques structurantes s’imposent :

  • Un choc démographique. La société vieillit : un Français sur cinq a désormais plus de 65 ans, une tranche d’âge qui consomme en moyenne 20 % de moins. À cela s’ajoute une perspective de déclin démographique dans les décennies à venir. Moins nombreux et plus âgés, les consommateurs tireront mécaniquement la demande vers le bas.
  • Une saturation matérielle. Ordinateurs, smartphones, équipements domestiques : les taux d’équipement frôlent désormais les plafonds. Les marchés fondés sur l’équipement initial cèdent la place à ceux du renouvellement — par nature moins dynamiques. Même les smartphones, produits phares des années 2010, voient leurs ventes diminuer depuis plusieurs années.
  • Des contraintes économiques. Le pouvoir d’achat continue d’augmenter, mais plus lentement, tandis que les dépenses préengagées représentent un tiers du budget des ménages. Résultat : une part toujours plus faible des revenus reste disponible pour des dépenses discrétionnaires.
  • Une mutation culturelle du rapport à la consommation. La consommation n’est plus synonyme de réussite ou de plaisir : 80 % des Français considèrent qu’elle est une mauvaise chose car elle entraîne trop de gaspillage.

Le paradoxe d’une société du trop et du pas assez

Au-delà de ce ralentissement, la société de consommation actuelle s’avère très inefficace, car elle ne parvient ni à satisfaire les besoins fondamentaux de tous les individus, ni à lutter contre les gaspillages, qu’elle encourage au contraire pour stimuler la consommation.

D’un côté, les Français jettent en moyenne 19 kg d’aliments par an. De l’autre côté, près de 20 % de Français déclarent ne pas toujours manger à leur faim.

Autres symboles de ces gaspillages : l’Agence de la transition écologique (ADEME) estime qu’environ 46 millions de téléphones inutilisés dorment dans nos tiroirs ou encore que certaines personnes possèderaient jusqu’à 500 vêtements dans leur placard.

Trois futurs possibles pour la consommation

Cécile Désaunay identifie trois scénarios possibles pour l’avenir de la consommation :

1. La stagnation duale (scénario tendanciel)

La croissance de la consommation stagne entre 0 % et 2 %. Et on observe une dualisation de la consommation : les plus aisés continuent à consommer sans contraintes, avec des offres de biens et services premium, alors que les plus précaires sont dans des logiques d’arbitrages et de report vers le low-cost.

2. La sobriété contrainte

La consommation ralentit encore plus, voire diminue franchement, conséquence de nouvelles crises, de phases d’inflation… On sort de la société de consommation de manière complètement désorganisée et on entre dans une société de la débrouille avec une sobriété contrainte.

3. La société des besoins

Ce dernier scénario envisage une sortie en douceur de la société de consommation, car ce n’est plus la consommation qui serait au cœur de nos vies, mais nos besoins individuels et collectifs. Nous sortirions donc de l’obsession de la croissance (de l’économie et de la consommation) pour se recentrer sur la satisfaction de nos besoins fondamentaux pour tous, dans le respect des limites planétaires. Cette trajectoire serait directement inspirée de la théorie du donut de Kate Raworth, et inviterait à passer du superflu au suffisant. Elle supposerait un rôle central des pouvoirs publics afin de garantir cette satisfaction des besoins, et un encadrement plus fort des marchés économiques.

Comment mettre en place cette société des besoins ?

La bascule vers une société des besoins n’est pas évidente et ne pourra pas être progressive. Elle devra notamment éviter le risque de l’austérité imposée et de la « dictature des besoins ». Cécile Désaunay identifie au contraire des leviers graduels et combinés, de plusieurs natures :

  • l’incitation (acheter d’occasion plutôt que neuf, acheter un service plutôt qu’un bien, faire réparer…) ;
  • l’interdiction (de certaines publicités, par exemple pour les énergies fossiles, la viande rouge, les SUV…) ;
  • des quotas afin de répartir équitablement les consommations entre tous les individus, sur la base d’objectifs définis collectivement (par exemple, des quotas carbone afin de répartir les émissions de gaz à effet de serre dans la population, entre individus et entreprises).

Le ralentissement de la consommation que l’on observe aujourd’hui n’est donc pas forcément une mauvaise nouvelle. Il peut être l’occasion de repenser la place de la consommation dans nos vies et dans nos sociétés, pour inventer une société des besoins plus juste et durable.