Parue le 13 mai 2026, la plus vaste étude internationale jamais consacrée à l’obésité [1] — suivant non plus les niveaux mais la vitesse d’évolution (la variation annuelle de la prévalence) — montre que l’obésité se stabilise dans la plupart des pays riches, après des décennies de hausse, tandis qu’elle s’étend de plus en plus dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Les auteurs jugent même que parler d’une « épidémie mondiale » (déclaration de l’Organisation mondiale de la santé [OMS]) est désormais une simplification excessive, qui masque des trajectoires très hétérogènes. La France figure d’ailleurs parmi les rares pays où la progression est restée lente.
Montée rapide dans les pays du Sud
Le cap du milliard de personnes obèses, franchi dès 2022 alors qu’on l’attendait vers 2030, a été atteint plus vite qu’anticipé : entre 1990 et 2022, le taux d’obésité a doublé chez les adultes et quadruplé chez les enfants et adolescents. Certains pays de Polynésie, des Caraïbes, du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord affichent aujourd’hui des taux supérieurs aux pays européens. En cause, la transition alimentaire rapide, en plus de l’urbanisation, la sédentarité, la diffusion des aliments ultratransformés, dans des sociétés qui, hier encore, luttaient d’abord contre la dénutrition.
Dans le même temps, le Nord connaît une inflexion inédite et pour partie pharmacologique. Aux États-Unis, où l’obésité n’avait cessé de croître depuis les années 1980, la prévalence adulte est retombée de 39,9 % (2022) à 37,0 % en 2025 (c’est-à-dire environ 7,6 millions d’adultes en moins), premier recul significatif depuis des années. Il coïncide avec l’essor des analogues du GLP-1 (Ozempic, Wegovy, Mounjaro) : la part d’adultes en prenant pour maigrir a doublé en 18 mois (de 5,8 % à 12,4 % !), et le repli est le plus net là où ces traitements sont les plus diffusés. Le diabète, lui, reste au plus haut avec les effets cumulés des consommations passées. Surtout, ces médicaments coûteux dessinent une inégalité nouvelle : une réponse réservée, pour l’heure, aux pays solvables.
À l’horizon 2050, les projections du Global Burden of Disease (GBD) tracent une courbe ascendante : 3,8 milliards d’adultes, soit la moitié de l’humanité, et un tiers des enfants et adolescents pourraient être en surpoids ou obèses. La poussée la plus forte est attendue en Afrique subsaharienne (522 millions d’adultes) et en Asie ; au Nigeria, le nombre d’adultes concernés pourrait passer de 37 millions à 141 millions. Ces régions affrontent une double charge : l’obésité s’y installe sans que la dénutrition ait reculé, et des systèmes de santé déjà sous tension devront absorber la vague de diabète et de maladies cardio-vasculaires qui l’accompagne. Le coût mondial de ces évolutions est estimé à 4 000 milliards de dollars US par an d’ici 2035.
Évolution 1990-2022 de la prévalence de l’obésité par pays, chez les femmes (cartes du haut) et chez les hommes (cartes du bas)
Source : NCD-RisC et OMS, « Worldwide Trends in Underweight and Obesity from 1990 to 2022 », The Lancet, vol. 403, n° 10431, 16-22 mars 2024.
Se dessine ainsi un monde à deux vitesses : un Nord qui, à coups de molécules, commence à desserrer l’étau, et un Sud où l’épidémie s’accélère avec des moyens bien moindres [2].
Point d’attention
Les deux grandes sources divergent dans leurs méthodes : NCD-RisC repose sur des mesures objectives (taille, poids), le GBD sur des modèles intégrant des données autodéclarées ; leurs chiffres ne se recoupent pas exactement. L’indice de masse corporelle (IMC) reste par ailleurs un indicateur imparfait de l’adiposité. Le recul américain est récent et tiré pour partie d’un indice déclaratif ; sa pérennité dépendra de l’accès aux traitements, de l’observance et du remboursement. Le diabète, lui, continue de progresser. Enfin, stabilisation ne vaut pas reflux : dans la plupart des pays riches, les niveaux se figent très haut, et la trajectoire, certes lente, de la France s’accompagne tout de même d’une hausse en valeur absolue.
Par ailleurs, l’arrivée des médicaments de nouvelle génération contre l’obésité pourrait progressivement modifier la manière dont la maladie est appréhendée. Les systèmes de santé, confrontés au coût très élevé des traitements, réservent aujourd’hui leur remboursement aux formes les plus sévères (IMC ≥ 35 ou IMC ≥ 40 selon les pays [3], ou en présence de comorbidités). Cette dissociation entre définition médicale et accès aux soins pourrait, à terme, favoriser une évolution des classifications vers une approche fondée davantage sur le risque clinique, les complications métaboliques et la composition corporelle, que sur le seul indice de masse corporelle, voire progressivement mettre en question l’IMC et ses seuils eux-mêmes.
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Réalisée par le réseau NCD Risk Factor Collaboration (NCD-RisC), piloté par l’Imperial College de Londres : « Obesity Rise Plateaus in Developed Nations and Accelerates in Developing Nations », Nature, vol. 653, 13 mai 2026, p. 510-518 (analyse de la vitesse d’évolution de l’obésité dans près de 200 pays, 1980-2024). ↑
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Gérard Mathilde, « L’obésité progresse à grande vitesse dans les pays à faibles revenus et se stabilise dans les pays riches », Le Monde, 13 mai 2026. ↑
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Selon la définition de l’OMS, un adulte est qualifié d’obèse lorsque son IMC — ratio poids (en kg)/taille (en m)² — est supérieur ou égal à 30. ↑





