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Dénatalité : la France face à un tournant démographique majeur

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la France devrait connaître en 2025 un solde naturel négatif, autrement dit, le nombre de décès devrait dépasser celui des naissances. Ce basculement démographique remet en cause la soutenabilité de son modèle social, les politiques publiques du pays et les représentations collectives de l’avenir.

Dans ce premier épisode du podcast L’Écho des futurs, Julien Damon, sociologue et auteur de l’ouvrage Les Batailles de la natalité [1], décrypte les causes profondes et les leviers possibles pour repenser l’avenir démographique de la France. Il est interviewé par François de Jouvenel, directeur du centre de prospective Futuribles.

Quelques chiffres

Après un pic de 800 000 naissances en 2010, la France n’en compte plus qu’environ 650 000 en 2024. Le taux de fécondité, tombé à 1,6 enfant par femme, reste supérieur à la moyenne européenne, mais la tendance à la baisse semble durable. Sans immigration, la population française commencerait à décroître, entraînant un vieillissement rapide et un déséquilibre entre actifs et retraités.

De manière générale, une baisse des naissances s’observe dans tous les pays développés. Le taux de fécondité au Japon s’élève à 1,2 enfant par femme tandis que la Corée du Sud possède le record du taux le plus bas avec 0,8 enfant par femme.

Comment expliquer cette baisse historique de la natalité ?

Selon Julien Damon, cette dénatalité reflète à la fois des difficultés matérielles et une évolution des valeurs. Les jeunes adultes reportent leur désir d’enfant ou renoncent à avoir des enfants en raison :

  • d’une moindre confiance dans l’avenir (crises, instabilité géopolitique, anxiété écologique) ;
  • des difficultés économiques (emploi précaire, coût du logement, modes de garde insuffisants) ;
  • des évolutions culturelles (avoir un enfant n’est plus perçu comme une condition de réussite personnelle).

Quelles conséquences sur les écoles, les retraites et les politiques publiques ?

La baisse continue des naissances a des conséquences sur l’ensemble du tissu social :

  • fermetures de crèches et d’écoles maternelles déjà observées ;
  • à moyen terme, diminution des effectifs dans le secondaire et le supérieur ;
  • à long terme, affaiblissement du financement de la protection sociale (retraites, santé).

Quels leviers pour agir ?

Aucune politique publique n’a jusqu’ici réussi à relancer durablement la fécondité, ni en Europe ni en Asie. « Il est plus facile de réduire la natalité que de l’augmenter », souligne Julien Damon, qui distingue plusieurs pistes susceptibles de favoriser un climat propice au désir d’enfant :

  • développer l’accueil des jeunes enfants pour mieux concilier vie professionnelle et vie familiale ;
  • renforcer l’égalité entre les femmes et les hommes, fortement corrélée à la fécondité dans les pays développés ;
  • repenser la politique du logement en facilitant l’accès des jeunes ménages aux logements sociaux ;
  • adapter les aides familiales, par exemple en introduisant une allocation dès le premier enfant ;
  • reconnaître et soutenir la diversité des modèles familiaux (familles recomposées, monoparentales, unions libres).

Sujet éminemment sensible sur le plan politique, l’immigration, enfin, est évoquée non comme une solution de natalité, mais comme un moyen de compenser la baisse de la population active…

Plus qu’une crise de la natalité, cet épisode met en lumière une crise de confiance : dans l’avenir, les institutions, la capacité à construire une vie stable et désirable. La réponse n’est donc pas seulement démographique. Selon Julien Damon, l’enjeu n’est pas de « faire plus d’enfants », mais de rendre la société plus accueillante pour celles et ceux qui souhaitent en avoir. Autrement dit, redonner aux générations futures le sentiment qu’elles ont, elles aussi, un futur à construire.