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Qualité de vie au travail et compétitivité

Les attentes des salariés français restent très proches de celles observées en 2008 par l’enquête Valeurs des Européens [1]. C’est ce que montre un sondage de TNS Sofres pour l’ANACT (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) [2] réalisé en mai dernier auprès de salariés français en activité, des secteurs privé et public. Que recouvre l’expression « qualité de vie au travail » ? Pour 64 % des salariés, 70 % des femmes, « le mot qui la caractérise est celui de respect. C’est le qualificatif qui arrive en tête, bien devant les autres termes qui étaient proposés. Un mot qui, de plus, a été souvent cité spontanément. » 58 % citent reconnaissance et 46 % épanouissement. Plus de 80 % des salariés voient un lien fort entre qualité de vie au travail et, en ordre décroissant, l’intérêt du travail, l’épanouissement dans le travail, la conciliation vie privée-vie professionnelle, la reconnaissance des salariés, la qualité des relations sociales dans l’entreprise, mais la reconnaissance arrive de façon significative en tête parmi les critères ayant un lien « très fort » avec la qualité de vie.

Source : TNS Sofres.

La reconnaissance est justement un point faible des employeurs français. L’édition 2013 du baromètre Edenred-Ipsos [3], qui a interrogé 7 200 salariés de six pays européens, révèle que « seuls 43 % des salariés français, 48 % des italiens et 49 % des espagnols se déclarent satisfaits de la reconnaissance de leur implication ». La frustration est la plus forte en France, « où seuls 23 % des salariés attribuent une note de 8 à 10 [sur 10] à leur qualité de vie au travail (vs 42 % des salariés allemands, 40 % des britanniques, 39% des belges, 31 % des espagnols et 29 % des italiens) et 38 % affirment que leur motivation diminue, soit un taux record parmi les six pays du baromètre. […] 55 % des salariés français jugent insuffisante l’action de leur employeur dans le domaine du bien-être au travail (vs 31 % en Allemagne, 28 % en Belgique, 28 % au Royaume-Uni, 31 % en Espagne et 34 % en Italie). »

Source : TNS Sofres.

Le sondage TNS Sofres confirme une évolution négative en France : 48 % des salariés, selon l’étude, ont perçu une dégradation de leur qualité de vie personnelle au travail depuis qu’ils ont commencé à travailler. Ceci est plus fort dans le secteur public (54 %) et dans les entreprises de plus de 500 employés (63 %). Les salariés concernés déplorent « la diminution (ou le manque) de moyens, de temps, d’effectifs, de reconnaissance notamment financière, alors que les exigences restent les mêmes, voire progressent. Ce qui se répercute sur l’ambiance et le stress. » Le niveau de satisfaction moyen français à l’égard de la qualité de vie au travail n’est pas très élevé, surtout dans les entreprises de 500 à 4 999 employés et l’industrie en général, les sociétés de moins de 50 employés apportant plus de satisfaction à ceux qui y vivent.

Rappelons qu’en 2008, selon l’enquête Valeurs des Européens, « un bon travail » était défini en France par une bonne rémunération (60 % des réponses), une bonne ambiance de travail (61 %), une activité intéressante (56 %), des responsabilités (45 %), une bonne utilisation de ses capacités (34 %), avec un certain recul de ces exigences par rapport aux années 1990, ce qui aurait pu faire croire à une résignation à présent démentie. D’autant que les salariés français se sentent légitimes faces à leurs employeurs à revendiquer une qualité de vie au travail basée sur le respect, puisqu’ils sont 92 % à estimer que cela profite aux entreprises. 87 % d’entre eux pensent que le bénéfice va à la fois aux salariés et aux entreprises.

Presque tous les salariés relient la qualité de vie au travail non seulement à leur santé et leur vie personnelle mais au niveau d’entraide dans l’entreprise, à la qualité, la productivité et la compétitivité. Les femmes et hommes de terrain confirment ainsi massivement ce que répètent nombre de chercheurs européens et nord-américains et que nous avons déjà résumé auparavant [4]. Ils confirment les témoignages publiés dans Futuribles par de petits patrons éclairés [5] et de dirigeants d’entreprises compétitives sur une décennie ou plus, parce que, selon Hervé Sérieyx et moi-même, elles ont toutes une vision de long terme, écoutent et respectent leurs employés et partenaires, pratiquent des alliances loyales [6].

Ces réalités nous semblent généralement incomprises en haut lieu et les salariés le confirment puisqu’ils ne sont que 1 2% à « compter en premier lieu » sur l’État comme interlocuteur extérieur pour améliorer la situation, contre 49 % sur les partenaires sociaux. À l’intérieur des entreprises, ils comptent d’abord sur eux-mêmes, les salariés (33 %) et les dirigeants d’entreprises (31 %), nettement devant les représentants du personnel (20 %) et les managers (17 %) [7]. La compétitivité ne se reconstruira que par un penser et agir autrement, pas uniquement par des économies quantitatives et des mesures ne touchant pas à des pratiques contre-productives sacralisées par des enseignements dépassés et des intérêts particuliers aveugles.



[1] COLLECTIF, « L’évolution des valeurs des Européens », Futuribles, numéro spécial, n° 395, juillet-août 2013. URL : http://www.futuribles.com/fr/base/revue/395/

[2] ANACT / TNS Sofres, La qualité de vie au travail, pour vous c’est quoi ? ». Rapport de résultats du sondage TNS Sofres, Paris : ANACT / TNS Sofres, 2013. URL : http://www.calameo.com/read/000088155c7045510fa08

[3] « Baromètre Edenred-Ipsos sur le bien-être et la motivation des salariés européens », communiqué de presse, 12 juin 2013. URL : http://www.edenred.com/fr/Press/Documents/BarometreIPSOS_juin13/CP_BarometreEdenredIpsos130612_FR.pdf

[4] Portnoff André-Yves, « La malédiction du paradigme artificieux », Futuribles n° 394, mai-juin 2013. URL : http://www.futuribles.com/fr/base/revue/394/actualites-prospectives-n-394/

[5] COLLECTIF, « Révolution de l’intelligence : acteurs et facteurs », dossier spécial, Futuribles, n° 374, mai 2011, p. 35-51. URL : http://www.futuribles-revue.com/articles/futur/abs/2011/05/futur_2011_374_35/futur_2011_374_35.html

[6] Sérieyx Hervé et Portnoff André-Yves, Aux actes, citoyens !, Paris : Maxima, 2011.

[7] Les managers sont des cadres ayant la responsabilité d’une équipe, à la différence notamment des experts. Un peu plus de 40 % des cadres français sont des managers.

#Conditions de travail #Sondage d’opinion publique

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