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Les États-Unis et l’administration Trump face au syndrome de la surextension stratégique

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Ukraine, Moyen-Orient, politique de grands travaux… : depuis 2022, la multiplication des dossiers intérieurs et extérieurs sollicitant le soutien — ou l’arbitrage — des États-Unis nourrit la crainte, chez de nombreux observateurs de la politique de défense américaine, d’une « surextension stratégique » (strategic overstretch en anglais). Ce concept théorisé par l’historien Paul Kennedy, dans The Rise and Fall of the Great Powers [1], repose sur une idée simple : les empires meurent principalement lorsque le coût de l’expansion impériale dépasse largement leurs capacités de mobilisation des ressources d’absorption des chocs imprévus. Si le risque d’un décrochage n’est pas pour demain, il n’est plus écarté à moyen terme.

Washington aurait-il atteint ses limites en matière d’engagements internationaux ? En considérant la politique de grands travaux lancée au sortir de la pandémie de Covid-19 (Infrastructure Investments and Jobs Act, CHIPS and Science Act, Inflation Reduction Act…), la dette publique — prévue à 135 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025 — et la multiplication des fronts d’engagement militaire depuis 2022, de plus en plus d’experts le pensent. Dans une chronique de janvier 2024, la revue Foreign Policy, s’inquiète ouvertement de la possibilité d’un décrochage : « il est évident que les États-Unis ne peuvent pas remplir leurs obligations envers 50 alliés à la fois, de la même manière qu’une banque ne peut pas restituer tous ses dépôts en une seule fois », estime l’auteur, James Crabtree ; « leur capacité à le faire dépend essentiellement de la garantie d’une confiance suffisante pour éviter l’équivalent géopolitique d’une panique bancaire [2] ».

En juillet dernier, le candidat Trump avait lui-même filé une métaphore bancaire pour illustrer sa vision des relations internationales : « vous savez, nous ne sommes pas différents d’une compagnie d’assurances. Taiwan ne nous donne rien. » Son retour à la Maison-Blanche va-t-il accélérer des réajustements stratégiques considérés par beaucoup comme inéluctables ?

Des réserves au plus bas

Alors que Washington domine toujours les dépenses militaires mondiales, avec 916 milliards de dollars U