Revue

Revue

Le monde de l’information en 2050

Dans le cadre des États généraux de l’information (EGI) [1] un rapport de prospective sur le monde de l’information à l’horizon 2050 a été publié en septembre 2024. Ce rapport répond à la demande formulée à l’automne 2023 par Christophe Deloire, alors délégué général des EGI, d’imaginer à quoi pourrait ressembler le monde de l’information dans 25 ans.

Cet exercice de prospective a réuni trois membres de l’INA et trois personnalités extérieures :

  • Agnès Chauveau, historienne des médias, directrice générale déléguée de l’INA ;
  • Antoine Bayet, journaliste, directeur éditorial de l’INA ;
  • François Quinton, journaliste, rédacteur en chef de La Revue des médias de l’INA ;
  • Antoine Buéno, essayiste, prospectiviste, conseiller au Sénat ;
  • Jérôme Ruskin, entrepreneur, fondateur et directeur général d’Usbek & Rica ;
  • Nathalie Sonnac, économiste des médias, professeur à l’université Paris Panthéon-Assas, présidente du conseil d’orientation et de perfectionnement du CLEMI (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information).

Le Monde de l’information en 2050 : des scénarios possibles est le fruit de cet exercice que les auteurs ont « abordé avec humilité » car, comme ils le précisent en préambule du rapport, « qui, en 1998, aurait pu décrire le paysage de l’information en 2024 ? » Pour mener à bien ce projet, les auteurs ont interviewé une quarantaine de personnalités évoluant dans le monde des médias, de la prospective, de la recherche, mais aussi de la défense, de la régulation ou encore de la science-fiction.

Suite à ces entretiens, les auteurs ont identifié cinq transformations majeures qui façonneront le monde de l’information d’ici à 2050, et les ont rassemblées dans une matrice d’incidence qu’ils partagent à la fin du rapport pour permettre à chacun de se l’approprier et de construire ses propres scénarios :

  • technologique (expansion de l’intelligence artificielle, de la blockchain, de la réalité virtuelle et augmentée…) ;
  • économique (inflation, fin de la publicité, décentralisation / centralisation de la distribution…) ;
  • politique (changement de nature du régime politique, contexte géopolitique…) ;
  • sociétale (vieillissement de la population, niveau d’éducation, de confiance…) ;
  • écologique (changement climatique, disponibilité des ressources naturelles…).

À partir de ces cinq transformations, les auteurs proposent trois scénarios plausibles. Les scénarios extrêmes ont été volontairement écartés, car l’objectif du rapport n’était pas d’imaginer « l’information dans un monde effondré à la Mad Max ou dans un monde de robots à la Terminator », mais d’« envisager les futurs de l’information dans un monde non radicalement différent du nôtre ». Les trois scénarios retenus sont :

  • « Le miracle informationnel » : dans un monde pacifié et après une crise majeure de la démocratie, les citoyens participent activement au financement de la production de l’information. Il s’agit d’un scénario très optimiste où l’information vit un véritable âge d’or.
  • « L’information liquéfiée » : dans un monde où l’information indépendante d’intérêts économiques n’existe plus et où la vérification de celle-ci est devenue impossible, les citoyens ont décroché de l’information, devenue trop volatile. Ce scénario très pessimiste envisage la mort de l’information.
  • « L’information éclatée » : dans un monde où l’intelligence artificielle n’a pas tenu toutes ses promesses ni supplanté les moteurs de recherche, et où les grands médias de masse ont disparu, la population a appris à vivre avec une saturation du champ informationnel et a développé une sorte d’immunité collective face aux manipulations de l’information. Dans ce scénario médian, l’information est fragmentée et les citoyens décrochent partiellement de l’information commune.

Ce bref rapport de prospective ne cherche pas à prédire le visage du monde l’information en 2050, mais se veut un outil de dialogue utile pour alerter sur des « risques critiques et identifier des leviers d’action possibles ».

Référence : Bayet Antoine et alii, Le Monde de l’information en 2050 : des scénarios possibles, Paris : INA (Institut national de l’audiovisuel), septembre 2024, 24 p.

  1. Les États généraux de l’information ont été lancés en France, le 3 octobre 2023, à la demande du président Emmanuel Macron, afin de « poser les bases d’un modèle d’espace médiatique et numérique pour les générations à venir, en associant les professionnels, les chercheurs et les citoyens ». La restitution des EGI s’est déroulée le 12 septembre 2024 au Conseil économique, social et environnemental (CESE).

#Culture. Société #Démocratie #Information #Pouvoir politique #Prospective #Scénarios