En 2020, André-Yves Portnoff rendait compte, pour Futuribles, du livre visionnaire de Giuliano da Empoli, Les Ingénieurs du chaos [1]. Cet ancien conseiller de Matteo Renzi (qui fut président du Conseil italien) y dévoilait alors les complicités entre les leaders populistes et les spin doctors (conseillers en communication), maîtres dans l’art d’utiliser les réseaux sociaux et les fichiers de données (éventuellement piratés) pour distiller une désinformation ciblée et redoutablement efficace. C’était le temps où les propriétaires de ces réseaux, les empereurs de la Tech, n’étaient encore que les complices passifs de manipulations réalisées par des officines obscures comme Cambridge Analytica.
Cinq ans plus tard, Giuliano da Empoli nous décrit une collusion de même nature, mais d’une tout autre ampleur, puisqu’elle associe désormais, en pleine lumière, les dirigeants des grands empires politiques (Donald Trump, Xi Jinping, Vladimir Poutine…) et les seigneurs de la Tech qui, aux États-Unis comme en Chine, leur ont porté allégeance. Pour décrire cette



