Dans ce livre [1], le sociologue Andreas Reckwitz part du constat que les élans populistes qui agitent de nombreux pays occidentaux (États-Unis, Pologne, Hongrie, Italie, France…) sont le résultat d’une désillusion face à l’évolution de la société depuis la guerre froide et à une succession de promesses déçues.
Alors qu’après 1990, la société s’était préparée à dérouler le fil du progrès, elle s’est retrouvée démunie face à une vague de violences à la fois politiques, économiques et sociales. Selon l’auteur, les progrès ont été réels depuis l’effondrement de l’URSS : mouvements de démocratisation des pays d’Europe de l’Est, d’Amérique latine, d’Afrique ; renforcement de la coopération entre États ; intégration des pays du Sud dans les échanges mondiaux ; industrialisation des puissances émergentes ; recul de la pauvreté ; révolution numérique… La marche du progrès semblait inarrêtable, mais les attentats terroristes, la crise financière, le Brexit, l’élection de Trump sont autant d’événements récents qui remettent en cause nos certitudes. C’est dans ce contexte que se sont développés des discours nostalgiques, avec une volonté de retour aux traditions, qui ont fait le terreau des idées populistes. Pour qualifier cet état de fait, Andreas Reckwitz parle de « modernité tardive ».
La modernité tardive succède à la modernité industrielle qui com



