« Holocaustes », au pluriel : le titre surprend, dérange même. Le terme n’est-il pas exclusivement réservé à la Shoah, la « catastrophe » en hébreu, qui désigne l’extermination des juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Non. Au sens propre, il qualifie un sacrifice religieux, explique Gilles Kepel, et par extension, ses victimes et la volonté d’anéantissement qui motive l’acte. Or, depuis la « razzia » du 7 octobre 2023, les sacrifices mutuels que s’infligent Israéliens et Palestiniens évoquent un holocauste, par leur ampleur, leur violence, le fanatisme religieux qui les sous-tend.
Comme il s’autorisa à le faire dans son ouvrage précédent — Le Prophète et la pandémie [1] — Gilles Kepel livre ici « à chaud » son analyse des événements récents, tant leurs enjeux sont inédits et déterminants pour les équilibres du monde : issue politique d’un conflit vieux de plus de 70 ans et éventualité d’une solution à deux États ; rapports de force entre les puissances régionales que sont le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Égypte ; avenir et positionnement de l’islamisme politique, dont les mouvements les plus radicaux, aussi bien chiites que sunnites, font front derrière l’Iran au sein d’un « axe de la résistance » ; enfin, émergence d’un nouvel ordre mondial dans lequel un « Sud global », conduit notamment par la Chine et la Russie avec le groupe des BRICS élargi [2], prendrait sa revanche contre l’Occident dont il conteste la domination.
À la fois expert en géopolitique et spécialiste du monde arabe, Gilles Kepel n’a pas son pareil pour analyser la dimensi



