Qu’il s’agisse de l’instabilité politique, des conflits armés ou du réchauffement climatique, les crises contemporaines exposent de plus en plus fréquemment les points de passage maritimes (détroits, canaux de navigation), à des ruptures de trafic inopinées. Face aux impondérables, le système de transport maritime — 80 % du volume du commerce mondial de marchandises, selon la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) — est adaptable, mais seulement jusqu’à un certain point. Si les coûts causés par des chocs temporaires peuvent être absorbés, les scénarios de rupture plus grave pourraient avoir des répercussions significatives sur le commerce international et la stabilité économique globale.
On compte environ 200 passages étroits, canaux de navigation ou détroits maritimes, dans le monde. Verrous stratégiques par définition, peu profonds et étroits, commandant l’ouverture des grandes voies de navigation, ces goulets d’étranglement, reliant deux masses d’eau situées le long des lignes de communication maritimes internationales, peuvent être responsables d’une congestion, voire d’un arrêt du trafic. Les perturbations peuvent être localisées et temporaires, comme lors de l’incident l’Ever Given en 2019, supertanker de 400 mètres, échoué dans le canal de Suez [1]. Elles peuvent aussi être durables et profondes suite, par exemple, à des sanctions internationales. Elles peuvent, enfin, avoir des implications systémiques et globales, remettant en cause l’économie mondiale, comme un hypothétique scénario de blocus du détroit d’Ormuz où transitent chaque année 20 % à 30 % du pétrole brut mondial. Alors que près de 90 % du pétrole produit dans le golfe Persique quitte la région sur des tankers qui doivent passer par ce goulet d’étranglement de 55 kilomètres de large, aucune des solutions terrestres existantes — pipeline, oléoduc, camions — n’offrirait de voie de substitution viable en cas de fermeture.




