Fin 2021 et courant 2022, d’importants scénarios de transition écologique portant sur la France ont été publiés, émanant du Shift Project, de l’ADEME (Agence française de la transition écologique), de RTE (Réseau de transport d’électricité) et de l’association négaWatt, dont Futuribles a rendu compte, de manière distincte ou en les comparant. Ces scénarios, par leur sérieux et la richesse de leur grille d’analyse, constituent une base essentielle sur laquelle s’appuient les différentes instances gouvernementales pour concevoir et mettre en œuvre les stratégies françaises énergie-climat. Depuis février 2025, les enseignements de ces travaux ont été réunis et structurés au sein d’une plate-forme commune : Comprendre2050.fr.
Gérée par le Shift Project, cette plate-forme est à destination des journalistes, décideurs publics, acteurs du privé et citoyens, afin d’éclairer le débat public sur les grands choix de société à opérer pour avancer vers la neutralité carbone. Elle reflète la diversité de points de vue et d’analyse, les convergences et les divergences de ces différents exercices de prospective sur la transition bas-carbone à l’horizon 2050.
Cette base de ressources est remarquable de synthèse et pédagogie. L’une des grandes limites à l’appropriation des travaux de modélisation prospective énergie-climat tient au fait qu’ils sont difficilement accessibles, sur le fond comme sur la forme, ce qui ne favorise pas l’appropriation des résultats. Outre les prérequis techniques et économiques pour appréhender les enjeux, la difficulté pour les commentateurs et acteurs (publics ou privés) est de devoir aller chercher l’information et les données dans des rapports de plusieurs centaines de pages, à la navigation parfois complexe.
La plate-forme « Comprendre les scénarios de transition 2050 » permet de contourner ces difficultés au travers de plus de 150 décryptages thématiques. Par exemple : — « Quelle évolution de la consommation électrique pour une France bas-carbone ? » ; « Combien de gaz consommera-t-on en 2050 en France, et pour quoi ? » ; « Comment l’hydrogène contribuera-t-il à décarboner l’industrie ? » ; « Quel puits de carbone associé au changement d’occupation des sols en 2050 ? » ; « Quelle évolution de l’emploi dans le secteur de l’agriculture ? », etc. Outre une navigation très fluide et un graphisme efficace sur le site, les fiches associées à ces questions sont très documentées, le périmètre est centré sur les résultats et les hypothèses clefs. Cela permet aux décideurs et journalistes qui le souhaitent de s’approprier plus facilement les ordres de grandeur déterminants de la transition énergétique, les inerties à l’œuvre dans ces transformations, et d’éviter de propager des contre-vérités (par exemple sur la part envisageable du nucléaire ou de l’hydrogène dans le mix énergétique demain…).
Cela n’épuisera sans doute pas le travail de décryptage / pédagogie autour des travaux de prospective énergie-climat : clarifier des concepts complexes, mettre en lumière l’articulation de dynamiques a priori disjointes. En outre, dans un système énergétique où les évolutions techno-économiques sont particulièrement rapides, et le contexte international, politique ou social de plus en plus incertain, les travaux de prospective énergie-climat peuvent vieillir assez vite (baisse de coût des renouvelables, batteries plus performantes que prévu, surcoûts du nouveau nucléaire, perspectives de baisse de prix de l’hydrogène limitées…). Les utilisateurs de ces travaux de prospective devront donc rester vigilants concernant la sensibilité des résultats à certaines hypothèses clefs en attendant l’actualisation par les organisations concernées de leurs scénarios énergie-climat (qui a généralement lieu sur un cycle de cinq ans).
Mais en termes de partage des connaissances et d’appui à la mise en œuvre de stratégies, Comprendre 2050 constitue un apport majeur, car comme l’a rappelé Sylvain Waserman, directeur de l’ADEME, lors du lancement de cet outil, la difficulté ne réside pas seulement dans l’élaboration du savoir scientifique, elle est aussi dans la traduction de cette expertise en décisions publiques. Espérons que cette plate-forme pourra y contribuer, dans un débat public de plus en polarisé sur les enjeux de politiques environnementales et soumis à des pratiques de désinformation importantes.





