La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a mené un travail d’analyse sur le phénomène de prix de l’électricité négatifs suite à l’augmentation, depuis 2023, de la fréquence de leur occurrence en France. Elle étudie notamment les raisons de leur apparition et relève qu’ils ne sont pas nécessairement le fruit d’un dysfonctionnement du marché. Dans certains cas, ils peuvent toutefois engendrer une perte économique pour la collectivité.

C’est pourquoi la CRE a complété son analyse de 10 recommandations visant à permettre une meilleure utilisation du parc de production installée, afin de limiter les phénomènes de prix négatifs et de les ramener à un niveau proche du coût marginal des énergies renouvelables (qui est quasiment égal à zéro, le vent et le soleil constituant un flux d’énergie gratuit au contraire des combustibles fossiles…).
Les heures à prix négatifs, qui n’ont jamais représenté plus de 102 heures par an jusqu’en 2022 (soit 1,2 % du temps), ont représenté 147 heures en 2023 (1,7 % du temps) et 235 heures pour le seul premier semestre 2024 (5,4 % du temps). Elles se situent majoritairement en début d’après-midi du fait de l’importance de la production photovoltaïque à ce moment (entre midi et 16 heures, pour la moitié d’entre elles) et le weekend en raison de la plus faible demande électrique (deux tiers des occurrences). La moitié des heures à prix négatifs sont caractérisées par des prix compris entre 0 et – 10 centimes d’euro le mégawattheure.
Ces prix négatifs correspondent à une situation de marché caractérisée par une surabondance d’offre par rapport à la demande : l’équilibre offre-demande reflète alors le fait que les producteurs acceptent de payer pour produire. Si les opérateurs décident de ne pas arrêter ou diminuer leur production, c’est en raison de motifs techniques (difficulté de certains types de centrales à « moduler » leur production) ou de dispositifs contractuels qui ne les incitent pas à le faire (leur rémunération n’étant pas affectée par ces prix négatifs sur le marché dit spot [1]). Ainsi selon la CRE, les prix négatifs ne relèvent pas d’un dysfonctionnement du système électrique ou du marché, mais ils peuvent traduire une utilisation sous-optimale du parc de production installée, engendrant une perte économique pour la collectivité.
Selon la CRE, il est nécessaire de rechercher la meilleure utilisation possible du parc de production, afin de ramener les prix fortement négatifs à un niveau proche du coût marginal des énergies renouvelables. D’où la série de recommandations qu’elle formule dans son étude, portant spécifiquement sur les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables qu’elle considère comme des leviers d’action importants et immédiats pour l’État.
Ces recommandations portent en particulier sur les incitations à l’arrêt des installations soutenues lors des heures à prix négatifs. En 2023, 40 % de la production d’énergies renouvelables bénéficiaient d’un contrat d’obligation d’achat. La vente de la production étant assurée quelle que soit le prix, il n’y a pas d’incitation pour le producteur à vendre en période de prix négatifs. La CRE recommande notamment de renégocier une partie de ces contrats pour introduire une incitation à l’interruption de leur production lors d’épisodes de prix négatifs, contre compensation. D’autres installations bénéficient d’un complément de rémunération, qui leur garantit un niveau de revenu plancher, non activable lors des épisodes de prix négatifs, les incitant à arrêter leur production. Dans ce cas, il s’agirait plutôt, selon la CRE, de renforcer les dispositifs d’incitation tout en corrigeant certains biais existants, notamment une logique marche / arrêt binaire et l’introduction d’une marge de tolérance pour tenir compte des contraintes techniques propres aux centrales.
Outre l’instauration d’une obligation de programmation dans les contrats d’accès au réseau de distribution, la CRE recommande également de renforcer la contribution des installations d’énergies renouvelables à l’équilibrage du système électrique (via la contribution aux réserves primaire, secondaire et tertiaire).
Au-delà de ces considérations relatives aux mécanismes financiers de soutien à la production d’énergies renouvelables et à l’arrêt de la production des centrales, il existe d’autres leviers structurels pour atténuer les phénomènes de prix négatifs comme le développement des moyens de stockage et la flexibilité de la demande (décalage de la consommation, par exemple en rechargeant son véhicule électrique aux heures creuses, à la manière du ballon d’eau chaude sanitaire).
Notons que la CRE propose un certain nombre de graphiques détaillés sur l’évolution et les caractéristiques des périodes de prix négatifs, des éléments de comparaison avec les voisins européens, et diverses données utiles (qui ne figurent pas tous dans le rapport) dans la présentation, accessible en ligne, qui a accompagné la sortie de l’étude.
Référence : Analyse de la CRE sur le phénomène de prix de l’électricité négatifs et recommandations relatives aux dispositifs de soutien aux énergies renouvelables, Note de la CRE, 26 novembre 2024, 11 p.
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Le marché spot reflète les coûts de production en temps réel ; le prix du kilowattheure y évolue toutes les heures et les traders peuvent l’acheter la veille pour le lendemain. ↑






