Que ce soit un géographe spécialiste d’épistémologie de sa discipline qui nous alerte sur les perversions de la sanctuarisation de l’école de la République — en cela qu’elle serait implicitement « porteuse d’une pensée de la surveillance et de la séparation » — est en soi un indice sur la place grandissante qu’occupe la question éducative dans le débat politique de ce début de XXIe siècle. Car dès son entrée en matière, dans un premier chapitre intitulé « Franchissements », Pascal Clerc n’hésite pas à poser sans détour les termes du débat : pourquoi faudrait-il se dépouiller de ses appartenances pour entrer dans l’école et ainsi accéder à l’universel, à la science, à la raison ?
Par une analyse historique passant par l’« affaire du foulard islamique » de 1989, il s’interroge sur la charge symbolique et la signification politique des conditions dans lesquelles les élèves français sont autorisés à passer de l’extérieur à l’intérieur de l’école sous réserve de se plier — selon lui — aux exigences d’un « espace national et de ses spécificités » régi par « l’obsession nationale » qu’est devenu le concept historique de laïcité. Frontière donnant le sentiment de devenir de moins en moins franchissable au motif parfois exagérément invoqué de précaution sécuritaire, l’entrée de l’école s’est, à bas bruit nous démontre-t-il, transmutée d’espace de transition accueillant à bras ouverts le futur



