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Vers une guerre des nuages ?

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Et si demain, dans un monde où les ressources en eau se raréfient, la technique d’ensemencement des nuages déclenchait une guerre entre deux pays ? Et si demain, une accumulation d’iodure d’argent dans le sol (liée à l’ensemencement) était à l’origine d’une érosion de la biodiversité et de nouveaux scandales sanitaires ? Et si demain, on accordait une trop grande confiance aux techniques de géo-ingénierie pour lutter contre le changement climatique ?

Le 29 mars est désormais la journée internationale des nuages. Elle l’est depuis 2022, à l’initiative d’un écrivain : Mathieu Simonet. L’un des objectifs de cette journée est de sensibiliser au fait qu’il n’existe (presque) aucune législation encadrant la manipulation des nuages, alors que les enjeux juridiques et écologiques qui entourent cette manipulation sont extrêmement importants et pourraient être à l’origine de conflits dans les années à venir.

Les premières techniques d’ensemencement des nuages remontent aux années 1940, elles consistent à faire fusionner et grossir les nuages. Pour cela, il faut introduire artificiellement des produits dans le nuage, le plus souvent de l’iodure d’argent, mais diverses techniques existent à ce jour.

Les États-Unis ont utilisé cette technique pendant la guerre du Viêt-nam dans le but de ralentir la progression des troupes adverses en provoquant des inondations. En 1976, en réponse à cet usage, l’Organisation des Nations unies interdit les techniques de modification de l’environnement à des fins militaires avec la convention ENMOD. À partir de cette date, il est interdit de faire pleuvoir un nuage dans un but « hostile ». Le caractère hostile d’une manipulation est, cependant, parfois difficile à démontrer ; en 1986, l’URSS aurait ainsi ensemencé des nuages à la suite de l’accident de Tchernobyl pour qu’il pleuve au-dessus de la Biélorussie afin de préserver Moscou d’une pluie radioactive.

Aujourd’hui, un pays peut faire ce qu’il veut des nuages qui traversent son espace aérien et, dans de nombreux pays, les programmes de recherche et les expériences se multiplient. La Chine a investi des sommes d’argent colossales dans ces techniques, pour influer sur la météo pendant les jeux Olympiques de Pékin en 2008, par exemple, ou pour lutter contre les sécheresses. En 2020, elle a annoncé son intention de déployer son programme d’ensemencement des nuages, jusqu’alors testé de façon très ciblée, sur plus de la moitié de son territoire d’ici 2025, avec pour objectif d’éviter les sécheresses et les chutes de grêle qui peuvent affecter sa production agricole. Les pays du Golfe utilisent également des techniques d’ensemencement via des décharges électriques envoyées dans les nuages. En France, une association, l’ANELFA (Association nationale d’étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques), développe la recherche dans ce domaine dans le but de lutter contre la grêle qui endommage les vignobles.

Dans un podcast enregistré pour France Culture, Mathieu Simonet et le climatologue Olivier Boucher rappellent que, pour le moment, l’efficacité de ces techniques demeure très controversée, il est extrêmement difficile de savoir si une pluie provenant d’un nuage ensemencé n’aurait pas existé sans cet ensemencement. Néanmoins, cette technique pose au moins deux questions pour l’avenir : celle de la propriété de l’eau qu’ils contiennent et celle de l’impact des produits utilisés.

  1. La propriété de l’eau : si le sujet semble trivial aujourd’hui, on peut se demander s’il n’existe pas un risque, dans les années à venir, dans un contexte de raréfaction des ressources en eau, de conflits entre des pays frontaliers concernant la propriété de la pluie. En effet, si un pays décide de « faire pleuvoir » un nuage sur son territoire, il « vole » peut-être une pluie qui serait tombée plus tard dans un pays voisin. Un précédent existe d’ailleurs entre l’Iran et Israël à ce sujet.
  2. L’impact des produits utilisés : en quantité importante, l’iodure d’argent se révèle dangereux pour la biodiversité, notamment dans les milieux aquatiques. Une étude anglaise menée par le Centre for Ecology and Hydrology, au début des années 2000, révèle que l’iodure d’argent, en dessous d’une certaine concentration, n’est pas toxique pour l’environnement, mais cette substance est décrite comme « extrêmement insoluble » : le risque est donc qu’elle s’accumule et puisse être néfaste sur le temps long.

Selon Mathieu Simonet, le débat est ouvert sur le statut à donner aux nuages : les faire entrer au patrimoine mondial de l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) ? Leur donner une personnalité juridique comme cela est actuellement le cas pour certains fleuves ? Une certitude, selon l’écrivain, il faut s’intéresser au sujet et si ce n’est interdire, tout du moins encadrer ces pratiques de géo-ingénierie pour éviter un éventuel effet papillon dans les années à venir.

Pour aller plus loin :

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