En 2020, Futuribles s’était penché sur la question de l’essor des technologies de géo-ingénierie, c’est-à-dire l’ensemble des outils qui ont pour objectif de contrôler ou manipuler le climat et / ou l’environnement de la Terre. Dans son Rapport Vigie, l’association avait ainsi envisagé un scénario dans lequel les technologies de géo-ingénierie étaient largement déployées d’ici 2050. Sofia Kabbej, chercheuse associée au programme Climat, énergie et sécurité de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) et coresponsable scientifique de l’Observatoire défense et climat du ministère des Armées, répond aux questions de Marie Ségur, pour Futuribles, sur l’avenir de la géo-ingénierie.
Il y a trois ans (lors de la publication du Rapport Vigie 2020) le sujet de la géo-ingénierie restait relativement confidentiel et réservé à un cercle d’initiés, d’où l’idée qu’un développement rapide de cette technologie relèverait d’une « rupture » par rapport à la situation actuelle. Or, nous assistons depuis quelques mois à une effervescence sur la question, et, chose frappante, elle est abordée également dans les médias grand public. Pouvez-vous nous le confirmer ?
S.K. : Oui, tout à fait. Non seulement les médias se sont saisis du sujet, mais surtout des programmes de recherche conduits ont été rendus publics, comme le projet SATAN (Stratospheric Aerosol Transport and Nucleation) au Royaume-Uni ou SABRE (Stratospheric Aerosol processes, Budget and Radiative Effects) aux États-Unis. De même, des institutions internationales telles que les Nations unies se sont récemment prononcées sur la question, en témoigne la publication d’un rapport sur le sujet par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Visiblement, le développement, l’expérimentation et le déploiement des technologies de géo-ingénierie s’accélèrent. Attention toutefois, la géo-ingénierie du climat recouvre un champ large, elle décrit une grande palette de techniques et pratiques qui ne s’inscrivent pas toutes aux mêmes échelles d’intervention sur le système Terre, ni n’ont atteint tou



