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Lancement d’une collection « Imaginaire » aux éditions Rivages

À l’occasion du mois des littératures de l’imaginaire, en octobre dernier, les éditions Rivages ont lancé une collection consacrée à ce thème de l’imaginaire. C’est la traduction française du premier roman de Chen Qiufan, L’Île de Silicium, paru en 2013 en Chine, qui ouvre le bal (416 p.).

L’intrigue du roman se déroule sur l’île de Silicium, située au large de la Chine, où les appareils électroniques sont envoyés du monde entier pour y être triés et recyclés. L’auteur s’est inspiré de la décharge de Guiyu en Chine, près de laquelle il a grandi et où se trouve le plus grand centre de recyclage de déchets électroniques du monde. Dans le roman, on suit l’histoire de Xiaomi, une migrante qui a quitté sa famille pour travailler en tant que « déchetière » sur cette île, dans l’espoir d’une vie meilleure. Si l’histoire se passe dans un futur proche, les thématiques traitées sont très actuelles et bien analysées : l’exploitation d’une main-d’œuvre issue de l’immigration dans des conditions de travail insalubres, peu payée pour extraire des matériaux coûteux issus de la consommation des pays riches, le rôle des clans et des mafias locales au sein de l’économie chinoise, le green washing au travers du personnage de Scott Brandle, envoyé sur l’île par la Wealth Recycle afin de négocier l’installation d’un centre de retraitement des déchets propre et moderne, la place des femmes en Chine…

D’un point de vue prospectif, l’intérêt de l’ouvrage se situe dans l’analyse du rapport à la technologie des différentes populations et des différents personnages. En effet, dans le roman, la thématique de l’hybridation homme-machine est omniprésente. Les populations riches disposent toutes de prothèses visuelles, auditives, leur permettant d’augmenter leurs facultés (un œil capable de voir au loin, mais aussi de calculer la hauteur supportable par l’organisme d’un saut depuis un pont ; des bras permettant de disposer d’une force surhumaine…). Pour (sur)vivre dans un monde reposant sur la technologie, les « déchetiers » de l’île de Silicium deviennent des « sous-hommes augmentés », ils vivent du trafic des prothèses défectueuses ou endommagées, qu’ils utilisent dans des conditions sanitaires déplorables au péril de leur santé et de leur vie. Le fragile équilibre qui régnait sur l’île entre ce néoprolétariat et les trois clans au pouvoir vole d’ailleurs en éclats suite à la découverte d’une prothèse qui décuple, de manière extraordinaire, les capacités cognitives de Xiaomi…

Si la lecture de l’ouvrage est parfois ardue, notamment dans la dernière partie du livre qui fait la part belle à la description d’une technologie d’un nouveau genre, il décrit de façon très précise ce à quoi pourrait ressembler un scénario de fracture numérique dans un monde d’hommes augmentés.

#Conditions de travail #Science-fiction #Transhumanisme