Voilà plus de quatre ans que la Russie a lancé son offensive en Ukraine, faisant des centaines de milliers de victimes dans les deux camps — un bilan qu’il est difficile d’estimer précisément compte tenu de l’opacité des informations diffusées par le Kremlin. Il est tout aussi difficile de savoir quand ce conflit cessera de manière définitive, avec un traité en bonne et due forme ; ni s’il prendra fin de manière diplomatique ou sur fond d’effondrement d’une des parties. Mais après plus de 25 ans d’autoritarisme ayant muselé opposants et citoyens, le régime de Vladimir Poutine prendra fin un jour ou l’autre. Tel est le point de départ de cet article qui milite pour anticiper ce moment, et faire en sorte que le peuple russe soit équipé pour préparer l’après-Poutine dès les premiers instants de la transition.
Les auteurs, russes et actifs au sein de l’association russe de défense des droits de l’homme Memorial (prix Nobel de la paix 2022), spécialistes de la justice transitionnelle, présentent ici leurs recommandations en ce sens. Tirant les leçons des erreurs commises lors de la transition qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique — introspection très limitée, nettoyage institutionnel insuffisant, réhabilitation et réparation dérisoires des victimes du régime, etc. —, ils plaident pour la mise en place d’un dispositif complet visant à établir les responsabilités des crimes d’État commis par le régime poutinien, jeter les bases d’une justice rapidement efficace pour les citoyens persécutés, et restaurer la confiance dans le système judiciaire et les forces de l’ordre. Leur article détaille très concrètement comment procéder pour faire place nette et engager une transition permettant d’écarter les responsables de crimes systémiques du pouvoir, afin que puisse être institué un régime assaini et démocratique ; et il souligne, enfin, l’intérêt qu’a et aura l’Europe à accompagner ce processus.


