Revue

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Pouvoir et progrès

Technologie et prospérité, notre combat millénaire

Analyse de livre

Cet essai de Daron Acemoglu et Simon Johnson, deux économistes du Massachusetts Institute of Technology (MIT) distingués en 2024 par le prix Nobel d’économie, est lauréat du prix du livre technologique du Financial Times. Sa traduction française, publiée un an après l’édition originale, a connu une diffusion relativement confidentielle en France, en dépit de son ambition et de son actualité brûlante. En effet, à l’heure où les annonces de suppressions d’emplois motivées par le recours à l’intelligence artificielle (IA) et à l’automatisation se multiplient, la thèse des deux auteurs nous offre une compréhension critique du discours relatif au progrès technique.

Acemoglu Daron et Johnson Simon, Pouvoir et progrès. Technologie et prospérité, notre combat millénaire, Paris : Pearson France, novembre 2024, 632 p. (traduction de Power and Progress: Our Thousand-year Struggle over Technology and Prosperity, Londres : Basic Books UK, 2023, 592 p.)

L’objectif de l’ouvrage est triple. Il commence par démonter le mythe selon lequel toute innovation technique serait intrinsèquement bénéfique. Dans le même temps, il montre que la direction du progrès dépend du récit dominant : les pouvoirs qui le contrôlent — politique, économique ou médiatique — orientent la perception du progrès et les choix collectifs qui en découlent. Mais son intérêt réside surtout dans sa dernière partie consacrée aux évolutions technologiques récentes (numérique, robotique et IA) et à la façon dont celles-ci contribuent à concentrer toujours plus pouvoir et richesse entre les mêmes mains, menaçant dans le même temps les régimes démocratiques.

L’illusion du lien mécanique

Dans la vision dominante, la technologie est perçue comme la locomotive de la productivité, moteur d’une croissance qui se diffuserait naturellement à l’ensemble de la société. Les auteurs montrent pourtant que, même lorsque la productivité augmente, les salaires ne progressent que si les travailleurs dis