L’année de naissance de la revue Futuribles, 1975, est aussi celle du premier « sommet des pays industrialisés », qui inaugure ce qui deviendra une pratique régulière : la réunion des chefs d’État des plus grandes puissances économiques (G7, G20). Ces rencontres viennent compléter celles des enceintes multilatérales mises en place notamment après 1945 (Nations unies, Alliance atlantique…), en offrant un cadre moins institutionnel (pas de structure administrative ad hoc). Le multilatéralisme bat alors son plein, dans un contexte certes de guerre froide, mais également de mondialisation croissante qui va s’accentuer encore à partir des années 1990, après la disparition du bloc communiste. Pendant trois décennies, suivra une situation de stabilité et de paix relatives, sur fond de concertation internationale fonctionnant bon an mal an.
En 2025, la donne a considérablement changé : invasion de l’Ukraine par la Russie et retour de la guerre en Europe, terrorisme du Hamas et réponse d’Israël par la destruction quasi complète de la bande de Gaza en violation du droit international, repli protectionniste des États-Unis sur fond de rivalité avec la Chine, de post-vérité, voire de néocolonialisme économique, etc. La scène internationale et les alliances sont en pleine recomposition, et les enceintes multilatérales dans lesquelles les enjeux internationaux étaient jusqu’ici discutés semblent en passe de perdre le peu d’efficacité qu’elles avaient. Organisation mondiale du commerce, organisations internationales relevant de l’architecture onusienne, Cour pénale internationale, etc. : reste-t-il une chance pour que ces institutions retrouvent suffisamment de poids et de légitimité pour favoriser la reprise de dialogues constructifs entre États ? Pour nous éclairer sur ce sujet, nous avons interrogé Guillaume Devin, politologue, professeur émérite à Sciences Po et chercheur associé au Centre de recherches internationales de Sciences Po. Spécialiste de la sociologie des relations internationales, de la diplomatie multilatérale et des organisations internationales, il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet, et également fondateur du Groupe de recherche sur l’action multilatérale (GRAM).


