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Trois scénarios pour une agriculture européenne sans pesticides à l’horizon 2050

En mars 2025, les éditions Quæ ont publié un ouvrage [1] présentant la prospective menée par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) sur l’abandon des pesticides chimiques dans l’agriculture européenne à l’horizon 2050. Trois scénarios sont proposés (voir tableau ci-après), chacun étant assorti d’une estimation quantitative des impacts sur les rendements, les échanges commerciaux, les régimes alimentaires, etc. Quatre cas régionaux sont étudiés, dont un exemple français.

Principales hypothèses d’évolution de chaque scénario d’abandon des pesticides chimiques en 2050

Source : INRAE.

Le premier scénario, « Marché global », aboutit à une suppression des pesticides dans les échanges alimentaires internationaux, sous l’impulsion des normes européennes intégrées aux accords commerciaux. Cette transition est opérée grâce aux technologies numériques (surveillance des bioagresseurs, par exemple) et aux intrants biologiques (biocontrôle, par exemple). Dans le deuxième scénario, « Microbiomes sains », les consommateurs et l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur développent des régimes alimentaires diversifiés, végétalisés et plus équilibrés. La protection des cultures s’effectue par le renforcement des microbiomes (interactions entre plantes et micro-organismes), grâce à des pratiques culturales spécifiques et à de nouveaux outils de suivi du microbiote du sol. Le dernier scénario, « Paysages emboîtés », répond à une demande pour une alimentation « saine » et « respectueuse de l’environnement ». Il implique une reconception et une diversification des paysages, des cultures et des chaînes de valeur. Ces dernières sont relocalisées et les échanges entre régions européennes se développent. La protection des cultures s’appuie sur la sélection variétale et sur des mécanismes biologiques (comme le développement de la biodiversité et des habitats semi-naturels) avec peu d’intrants (graphique ci-après).

Principaux leviers de la transition vers une agriculture sans pesticide chimique

Source : Mora Olivier et alii, op. cit., p. 282.

Ce scénario est décliné dans le secteur viticole, pour le vignoble de Bergerac-Duras. Des systèmes culturaux complexes aptes à réguler les bioagresseurs y sont implantés (diversité de cultures, haies, zones humides, etc.), et l’obtention d’une certification « réserve de biosphère » ouvre de nouveaux marchés pour l’agriculture locale (céréales, arboriculture, viticulture, etc.).

Les auteurs soulignent que la transition vers le « zéro pesticide » pourrait améliorer la souveraineté alimentaire, la nutrition, la santé des populations, la biodiversité et réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. L’Europe pourrait même devenir exportatrice nette de calories en 2050, alors qu’elle dépend aujourd’hui des importations. Des besoins en connaissances, données et technologies nouvelles seraient toutefois à anticiper, en ce qui concerne les mécanismes d’immunité des plantes, les outils d’anticipation pour la gestion des bioagresseurs, etc.

Mora Olivier et alii (coord.), Vers une agriculture européenne sans pesticides. Trois scénarios à l’horizon 2050, Versailles : éd. Quæ (Matière à débattre et décider), mars 2025, 342 p.

Source : ce texte est issu du Blog de veille du CEP (Centre d’études et de prospective) de mai 2025.

  1. Mora Olivier et alii (coord.), Vers une agriculture européenne sans pesticides. Trois scénarios à l’horizon 2050, Versailles : éd. Quæ (Matière à débattre et décider), mars 2025, 342 p.

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