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L’inégalité régionale devant la mort en Europe

« Tous les humains sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. » Cette déclinaison d’une pensée orwellienne pourrait figurer en exergue de l’étude récemment publiée par un groupe de chercheurs franco-allemands, consacrée à l’évolution de l’espérance de vie à la naissance (ou durée de vie moyenne [1]) dans les régions européennes de l’ouest sur la période 1992-2019.

Depuis une quinzaine d’années, dans les pays les plus développés, l’espérance de vie à la naissance progresse plus lentement qu’auparavant. Les auteurs de l’étude ont cherché à vérifier si la tendance observée au niveau national valait également à un niveau géographique plus fin. Ce faisant, ils ont précisé l’ampleur des écarts régionaux de mortalité aux moyennes nationales, analysé leur évolution et mis en évidence une très problématique ligne de fracture entre régions en progrès continu et régions plus en retard, sinon en recul.

Sur la base de la nomenclature des unités statistiques d’Eurostat, 450 régions fortement différenciées aux plans institutionnel, économique et démographique, et regroupant quelque 400 millions d’habitants ont été définies à l’intérieur de l’espace constitué par 11 pays européens contigus de l’ouest [2]. Les données sur les décès et les populations par sexe et âge de chacune des régions ont ensuite été recueillies pour calculer des espérances de vie à la naissance, ces dernières étant communément considérées comme un excellent révélateur du niveau général de santé publique et de bien-être des populations.

En premier lieu, l’approche régionale a confirmé les tendances nationales : forte croissance des gains de durée de vie moyenne jusqu’à la mi-décennie 2000, puis tassement jusqu’en 2019. De 1992 à 2004, le