Le cadre des limites planétaires constitue l’une des grilles d’analyse de la soutenabilité environnementale les plus connues. Ses origines remontent aux travaux de l’équipe de Johan Röckstrom publiés en 2009. Les limites planétaires correspondent à un ensemble de processus biophysiques et biogéochimiques essentiels à la régulation du système Terre. Elles renvoient notamment au climat, à la biodiversité, aux cycles de l’eau, du carbone, des nutriments ou encore à la qualité de l’air. La période de l’Holocène, entamée il y a environ 10 000 ans, a vu une relative stabilité de ces processus environnementaux, ayant coïncidé avec le développement des sociétés humaines. Le passage à une ère où les activités humaines sont devenues des facteurs de pression majeurs sur le système Terre marque l’entrée dans un régime d’instabilité inédit dans l’histoire récente.
Le cadre des limites planétaires vise à identifier et délimiter les niveaux de perturbation des processus environnementaux qui seraient compatibles avec un « espace de fonctionnement sûr » du système Terre. Ces limites sont définies pour neuf processus clefs de ce système Terre, auxquels sont associées des variables de contrôle pour lesquelles sont fixés deux seuils :
• le dépassement de la limite planétaire, qui marque l’entrée dans une zone d’incertitude, à même déstabiliser les équilibres planétaires ;
• l’entrée dans une zone à haut risque de dégradations systémiques de grande ampleur, potentiellement irréversibles.
Une évaluation réalisée en 2015 montrait que les pressions exercées sur ces neufs indicateurs étaient en hausse depuis 1970, et que quatre limites planétaires étaient déjà franchies : le changement climatique, la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, le changement d’usage des sols, et l’intégrité de la biosphère (avec entrée dans une zone à haut risque pour ces deux dernières). La dernière évaluation de 2023, dont la méthodologie n’était pas identique, indiquait le franchissement de deux nouvelles limites, concernant l’introduction d’entités nouvelles et le cycle de l’eau douce.
Un article paru dans la revue Nature le 14 mai 2025, dont Johan Röckstrom est l’un des coauteurs, propose une contribution importante à ces travaux en les enrichissant d’une dimension prospective à 2050 et 2100. Il permet d’estimer comment évolueraient à terme les pressions sur les limites planétaires, en fonction de différents scénarios socio-économiques et de politiques environnementales.




