Depuis les accords de Paris de 2015, la lutte contre le réchauffement climatique est devenue un impératif, une exigence humaine pour définir une nouvelle rationalité, fondamentalement écologique, et préparer l’avenir de l’humanité. Plus personne ne peut détourner son regard de la catastrophe écologique qui vient si des actions et de nouvelles orientations ne sont pas fixées aux systèmes productifs. Les diagnostics successifs établis par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) constituent l’un des socles possibles sur lesquels on peut s’appuyer pour évaluer la crise climatique et pour adopter des recommandations allant dans le sens d’une nouvelle vision des activités humaines sur la planète. Comme le souligne Thierry Pouch dans cette analyse, au catastrophisme ambiant peuvent répondre des perspectives, sensées et à la mesure des enjeux. La notion de transition est sans doute dépassée, tant les impératifs sont nombreux et exigent une accélération des dynamiques transitionnelles, afin de faire émerger, sur un horizon de temps raisonnable — l’intervalle 2030-2050 étant souvent retenu — de nouveaux modes de production et de consommation. Un changement de système, en quelque sorte, auquel le secteur agricole doit apporter sa part.
Telle est l’ambition de l’agroécologie, qui forme une nouvelle façon de penser et de pratiquer l’agriculture de demain, en tournant le dos au modèle traditionnellement qualifié d’intensif, adopté par de nombreux secteurs agricoles et pays au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Une abondante littérature est désormais disponible pour se convaincre de la double nécessité d’établir des diagnostics et d’opérer des changements radicaux de paradigmes productifs en agriculture, assortis d’une réorientation des modes de consommation et des modes d’organisation des circuits logistiques allant du producteur au consommateur. Le modèle de l’agriculture intensive est arrivé à ses limites et nécessite plus qu’une profonde réforme, une révolution paradigmatique, devant consacrer un nouveau modèle agricole, une nouvelle organisation productive.
Cette analyse propose un tableau synthétique de ce qu’est l’agroécologie, suivi d’une analyse des actions relevant de la puissance publique et des changements de comportements, techniques et économiques, de la part des agriculteurs, indispensables à la mise en œuvre de ce nouveau paradigme. Enfin, trois scénarios sont présentés : 1) une transition réussie vers un changement de système, portée par des institutions publiques ; 2) une transition ratée (avec un examen des raisons de cet échec) ; et 3) le scénario intermédiaire d’une agroécologie pilotée par des acteurs privés.



