Faut-il aujourd’hui donner des titres apocalyptiques aux ouvrages pour qu’ils se vendent ? Ou tout simplement pour qu’ils aient de l’écho dans une société devenue très pessimiste ? L’auteur nous avait habitués à des propos plus optimistes sur des sujets apparemment souvent plus légers, traités selon une démarche sociologique. Ici, il présente un essai avec très peu de préoccupation empirique et sans analyse approfondie de ce que sont les systèmes politiques.
La thèse est annoncée dès l’introduction : « Nous ne vivons rien de moins que la fin d’une civilisation » (p. 7) ; « La contre-révolution antidémocratique est en marche » (p. 8) ; « Il faut savoir regarder la réalité en face, ne pas se laisser berner par le champ des sirènes. Voir la haine qui monte, la violence qui se déchaîne, la fragmentation de la société en îlots de certitudes bornées, les territoires qui se substituent à l’état de droit » (p. 9).
Le verdict est définitif, on pourrait d’ailleurs se demander s’il relève des « certitudes bornées » car les réalités dépeintes par beaucoup d’enquêtes et d’études sont nettement plus nuancées, surtout si on prend en compte le long terme. En longue période, dans les sociétés développées, la xénophobie est à la baisse ; en France, la société était massivement antisémite à la fin du XIXe siècle ; les morts violentes étaient nettement plus nombreuses, les sociétés développées se pacifient plutôt lentement ; l’état de droit n’est pas partout respecté



