C’est en lanceur d’alerte que Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès, publie un essai qui ne cherche pas tant à envisager l’élection du candidat d’extrême droite à la prochaine présidentielle, ce qui serait assez banal, qu’à analyser le processus historique qui mène à cette probabilité et au-delà, en 2045, à la disparition de la démocratie représentative. Sa thèse est que cette victoire, si elle n’est pas inéluctable, ne serait pas non plus un accident de l’Histoire mais la conséquence logique de l’état actuel de la démocratie.
Un traité de décomposition politique
La métaphore, parfois pesante, qui sert de fil conducteur à la démonstration est celle des états de la matière, du plus stable au plus chaotique : solide, liquide, gazeux et finalement plasmatique. La période de solidité démocratique s’étend, en France, de 1962 (référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel) à 1992 (référendum sur le traité de Maastricht). Elle est structurée par la polarisation gauche-droite, le fait majoritaire étant lui-même cristallisé par le mode de scrutin présidentiel dont le second tour ne peut opposer que les deux candidats arrivés en tête au premier tour. « C’est la structure minérale du clivage gauche-droite qui imprimera sa forme à la vie du pays pendant près de 30 années […] Le clivage gauche-droite n’absorbe



