Les cancers constituent toujours aujourd’hui la première cause de mortalité en France (25,5 % des décès en 2022). Derrière cet état de fait, les progrès diagnostiques et thérapeutiques sont majeurs. En l’espace de 30 ans, la prévalence des cancers a doublé (plus de 433 000 cas en 2023 contre 215 000 en 1990), et augmentera très vraisemblablement d’un ordre de grandeur d’au moins 25 % dans les 15 prochaines années, du fait du vieillissement de la population (qui explique la majorité de la hausse de la prévalence, particulièrement chez les hommes), avec des évolutions très contrastées selon les types de cancers. Pourtant, les décès associés n’ont progressé « que » de 12 %, passant sur la période de 140 000 à 157 000. Autrement dit, les capacités de prise en charge, et notamment les traitements, se sont considérablement améliorées.
C’est le cas, depuis une quinzaine d’années, de l’immunothérapie qui, longtemps restée à la marge des traitements médicaux, s’impose désormais comme une évolution majeure, notamment en oncologie. Combinées entre elles ou avec des traitements classiques (chirurgie, chimiothérapie, thérapies ciblées etc.) [1], les immunothérapies permettent une amélioration significative des taux de survie de certains cancers [2], sans que l’on sache à ce stade toujours comprendre parfaitement les différences de réponse par type et sous-type de cancers.
Les immunothérapies constituent donc un espoir scientifique et thérapeutique émergent sur un marché à très fort potentiel économique. En effet, le marché mondial des immunothérapies anticancéreuses connaît une dynamique de croissance soutenue. En 2023, il est estimé à 85 milliards de dollars US, représentant près de 40 % de l’ensemble des traitements contre le cancer.
Les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (anti-PD-1, anti-CTLA-4 [3]) demeurent les plus prescrits, mais les approches cellulaires, notamment les CAR-T [4] ou les anticorps bispécifiques, gagnent du terrain, soutenues par l’élargissement des indications et les progrès en bio-ingénierie. En France, 26 médicaments d’immunothérapie sont aujourd’hui commercialisés, dont 10 concentrent à eux seuls 90 % de la valeur du marché.
Mais la promesse de guérison que les immunothérapies apportent dans leur sillage, aussi enthousiasmante soit-elle, reste confrontée à des défis scientifiques, technologiques et économiques de taille.



