Revue futuribles n° 445

Institutions - Société, modes de vie

Réflexions sur le modèle social français

Dans cet entretien accordé à Arnaud Teyssier, Alain Supiot montre qu’il existe un modèle (au sens « braudélien ») social français, dont on oublie trop souvent les fondements philosophiques et anthropologiques, donc le caractère spécifique au regard, par exemple, du modèle anglais (marqué par l’omnipotence de l’individu) ou allemand (omnipotence de la société). Ce modèle français, inspiré d’un « idéalisme moral et social », celui d’égalité politique, rappelle Alain Supiot, s’est trouvé compromis par la « subordination salariale » qui, elle-même, a amené l’État à intervenir pour établir une « citoyenneté sociale qui prolonge la citoyenneté politique ».

Mais, souligne-t-il, ce modèle social table sur les capacités d’auto-organisation et d’entraide des individus, sur une tradition mutualiste dont l’État doit être le garant et non le gérant, et ne saurait être soumis aux seules lois de l’économie et du marché, d’où l’importance du droit pour encadrer les pratiques. Ainsi « la Sécurité sociale n’a pas été conçue, en France, comme un service de l’État au soutien de l’économie de marché, mais comme une extension des principes de la Mutualité à la nation tout entière ».

En rappelant ces principes et en nous mettant en garde contre les lois immanentes d’un marché devenu total et contre un démantèlement du modèle social français, sans préjudice d’une solidarité internationale, Alain Supiot montre les dangers des politiques publiques suivies depuis 30 ans, et combien il est nécessaire de redonner du sens à l’action politique en raison des risques écologiques, sanitaires, économiques et sociaux auxquels nous sommes confrontés.

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