Note de veille

Entreprises, travail - Recherche, sciences, techniques - Territoires, réseaux

Vers un essor du transport autonome de marchandises ?

Par

De nombreux pays cherchent à bannir les voitures thermiques pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais peu de pays veulent bannir le transport de fret thermique, d’abord parce que le fret c’est la consommation et l’économie nationale, mais aussi parce que les distances parcourues par les camions permettent difficilement de disposer d’une autonomie suffisante avec des batteries d’aujourd’hui (et un temps de rechargement long, en cours de transport, se révèle onéreux pour un camion électrique). Des alternatives commencent cependant à être envisagées, soit en utilisant de l’hydrogène comme carburant, soit en prolongeant l’autonomie d’un camion à batterie avec une pile à combustible à hydrogène ou méthanol. Les constructeurs de poids lourds ont compris l’enjeu et les principaux constructeurs européens de camions doivent investir 100 milliards d’euros sur 20 ans pour développer les camions à hydrogène et les batteries de nouvelle génération, ce qui pourrait permettre de réduire de moitié les émissions de CO2 liées au fret routier d’ici 2040.

Mais une autre révolution pourrait être en marche sur le transport de fret, probablement plus rapide que la décarbonation, car elle a un impact direct sur les coûts et la productivité du transport de fret : la mobilité autonome.

En janvier 2020, la société Plus a fait livrer une cargaison sur 4 500 kilomètres, entre la Californie et la Pennsylvanie, par un camion complètement autonome (autonomie de niveau 4 sur une échelle de 0 à 4). La start-up envisage de commercialiser ses camions autonomes dès 2023.

En avril 2020, une société suédoise, Einride, a fait circuler un camion autonome sur route ouverte mais surveillée par un poste de pilotage à distance. Sur ce type de route, un opérateur, à partir du poste de commande, suit les déplacements du / des camion(s) et peut prendre les commandes à distance, pour les manœuvres délicates au moment du chargement et du déchargement.

Daimler Trucks a signé, en octobre dernier, un accord avec Waymo [1], pour adapter le système autonome de Waymo sur un camion de la marque. Ce futur camion autonome de Daimler, équipé du système Waymo Driver, serait commercialisé auprès des clients américains d’ici 2025.

Le géant de la distribution américaine Walmart s’est associé à la start-up Gatik, pour tester et développer la livraison avec un véhicule autonome et sans chauffeur de sécurité, entre entrepôts ou magasins de la chaîne logistique. Depuis 18 mois déjà, les camions sont testés sur une route spécifique (dédiée) de trois kilomètres entre un entrepôt et un supermarché, dans une petite ville de l’Arkansas. La route spécifique permet de limiter la complexité de gestion informatique du système de conduite et de guidage. Dans la nouvelle phase du projet, les camions vont parcourir 30 kilomètres, en boucle, entre un magasin et un lieu de livraison où les clients viendront chercher leur commande.

Une autre start-up américaine, TuSimple, spécialisée dans la conduite autonome, a développé un réseau de fret autonome (AFN). Cet AFN est composé de quatre éléments : les camions autonomes, les itinéraires cartographiés numériques, les terminaux de fret, et un système central qui permettra aux clients de surveiller les opérations et les expéditions en temps réel. Son déploiement, prévu à l’horizon 2024, s’effectuera avec le soutien d’UPS — qui a investi en 2019 dans la start-up —, le transporteur Xpress, le logisticien Penske Truck Leasing et le géant de la distribution McLane Inc. Le dirigeant de TuSimple, Cheng Lu, annonce : « En lançant l’AFN avec nos partenaires stratégiques, nous serons en mesure d’étendre les voies dédiées aux véhicules autonomes pour fournir aux utilisateurs un accès à la technologie, n’importe où et 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. »

L’intérêt du camion autonome est multiple : d’abord supprimer le coût du chauffeur, qui représente environ 30 % du coût horaire du transport ; mais aussi le coût des accidents impliquant des camions puisqu’on estime que l’immense majorité (80 %) est liée à des erreurs de conduite. Le coût des embouteillages pourrait être réduit, soit parce que les camions autonomes pourraient rouler de nuit sans enfreindre la législation du travail, soit parce qu’ils rouleraient sur des routes dédiées (plus faciles à imaginer dans un immense pays comme les États-Unis qu’en Europe sur de longues distances). Le camion autonome pourra rouler 24 heures sur 24, ce qui permet un amortissement plus rapide de l’investissement dans le véhicule. Enfin, le camion autonome pose moins de risque d’acceptabilité sociale que le transport de passagers : la marchandise n’aura pas peur de monter dans un véhicule sans chauffeur.

Il n’y a pas qu’en camion que la livraison de marchandises pourrait devenir autonome. Au Japon, Panasonic a débuté en décembre 2020 un service de livraison par robot autonome, surveillé par un opérateur qui peut reprendre le contrôle à distance, dans la ville de Fujisawa, à l’est du pays. En France, la ville de Montpellier expérimente la livraison urbaine avec de petits véhicules, droïdes, pour livrer de petits colis.


Type de droïde envisagé pour les livraisons autonomes à Montpellier. Source :TwinsHeel.

Là aussi, l’intérêt est de réduire le coût de la logistique urbaine du « dernier kilomètre », mais également de faire face à la pénurie de livreurs. La crise Covid fournit un nouvel argument : la livraison à domicile pourra être sécurisée. Par ailleurs, les petits véhicules urbains de livraison seront plus facilement électriques que les camions, compte tenu d’un moindre kilométrage journalier ; ils auront aussi éventuellement l’avantage d’aller se brancher seuls pour se recharger.

On le voit, la mobilité routière autonome (de niveau 4) pourrait se développer avant celle du transport de passagers, comme anticipé dans notre note sur le sujet en 2015 [2], en raison non seulement de sa meilleure acceptabilité, mais aussi de la réduction des coûts de transport qu’elle engendrerait.

-----------------
Source :
Trégouët René, « Le transport autonome de marchandises, ce qui signifie sans aucune intervention humaine, va bouleverser nos sociétés », RTFlash, 29 janvier 2021.



[1] La filiale « véhicules autonomes » d’Alphabet, la maison mère de Google.

[2]Lamblin Véronique, « Voiture autonome : où va-t-on ? », Analyse prospective, n° 180, 16 juillet 2015, Futuribles International.

À lire également

Devenir membre

Cet article est en accès libre jusqu'au 6/06/2021. Devenez membre pour accéder à l'ensemble des productions de l'association.

Adhérer