Note de veille

Économie, emploi - Société, modes de vie

En France, les inégalités se stabilisent, la pauvreté augmente

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Des inégalités de niveau de vie globalement stables

Les inégalités de niveau de vie semblent en voie de stabilisation en France. Selon les données 2020 de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), l’indice de Gini est revenu à son niveau de 2017 (0,29) [1]. Même chose pour le ratio dit de Palma, qui rapporte la masse globale des revenus que reçoivent les 10 % les plus riches à celle des 40 % les plus pauvres, qui s’établit à 1,06. Dans les années récentes, les mesures très favorables aux plus aisés prises en 2017 ont ensuite été compensées, notamment par le soutien aux bas revenus en 2019 — hausse de la prime d’activité —, obtenu suite aux manifestations des gilets jaunes.

Évolution de l’indice de Gini des niveaux de vie en France

Source : INSEE. © Centre d’observation de la société.

Si on prend du recul, on observe une réouverture des écarts vers la fin des années 1990 et surtout au début des années 2000, avant même la crise de 2008. Après des décennies de diminution (1970-1980), les inégalités de niveau de vie ont alors commencé à augmenter. D’abord par le biais de l’envolée des revenus des catégories aisées, puis par la stagnation du niveau de vie des catégories moyennes et populaires. Depuis 2012, les évolutions sont limitées. Le niveau des inégalités est en 2020 similaire à son niveau du milieu des années 2000.

À l’avenir, deux hypothèses sont possibles. La stabilisation actuelle ne sera qu’une parenthèse si l’activité ne reprend pas durablement et qu’aucune mesure de redistribution des revenus n’est mise en place. Une diminution du chômage n’est pas incompatible avec une progression des inégalités si les emplois créés sont très polarisés, avec de très bas et très hauts niveaux de salaires. On pourrait revenir, d’ici à une décennie, à un niveau d’inégalité de revenus comparable à la situation des années 1970. Inversement, une baisse du chômage assortie de garanties sur la qualité de l’emploi (salaire et statut) pourrait effacer assez vite les effets de la hausse des inégalités constatée entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000.

Il est beaucoup trop tôt pour statuer tant la situation est incertaine suite à la crise sanitaire et économique. Le modèle social français a amorti le choc. En 2021, l’activité a redémarré, ce qui pourrait profiter aux plus pauvres, mais jusqu’à quand ? Par ailleurs, l’ampleur de la dégradation du marché du travail est beaucoup plus importante que ne l’indique le seul taux de chômage qui ne comptabilise pas toute une partie des adultes qui, découragés de rechercher un emploi, ne figurent plus dans les statistiques. Les entreprises elles-mêmes, pour investir et développer durablement l’activité, auront aussi besoin de perspectives aujourd’hui encore troublées par le contexte sanitaire.

Davantage de pauvres

Du côté de la pauvreté, la situation est différente. En 15 ans (de 2004 à 2019) le taux de pauvreté a progressé de 7 % à 8,2 % au seuil situé à 50 % du niveau de vie médian, et de 12,7 % à 14,6 % au seuil à 60 %. Selon le premier seuil, le nombre de pauvres a augmenté de 1,1 million (passant de 4,1 à 5,2 millions). En 2019, le taux de pauvreté a retrouvé son niveau de 1979.

Évolution du taux de pauvreté en France (en %)

Source : INSEE. © Centre d’observation de la société.

La pauvreté a baissé dans les années 1970 et au début des années 1980, notamment du fait de l’amélioration de la situation des personnes âgées. Au seuil de pauvreté fixé à 50 %, le taux de pauvreté a diminué alors de 12 % à 7 % entre 1970 et 1990. Le nombre de pauvres s’est réduit de 5,8 à 3,8 millions. Ce mouvement est considérable. Cela signifie qu’au cours de cette période, les inégalités se sont réduites « par le bas » : les revenus des classes moyennes ont progressé, mais ceux des plus pauvres, encore plus, en dépit de la montée du chômage.

Le milieu des années 1990 et surtout le début des années 2000 ont marqué un tournant. La pauvreté progresse alors sous l’effet de plusieurs facteurs. L’évolution de longue période repose en partie sur des phénomènes démographiques, en particulier la hausse du nombre de familles monoparentales aux faibles revenus. Le facteur migratoire (l’arrivée de populations démunies) joue, mais beaucoup moins que dans les années 1970, époque où le solde migratoire était beaucoup plus élevé. Depuis les années 2000, la hausse de la pauvreté est surtout le fait d’une croissance économique qui demeure historiquement faible et, en conséquence, d’un niveau de chômage élevé, même si la situation avait commencé à s’améliorer à partir de 2015. La détérioration structurelle du marché du travail (précarité et bas salaires notamment) pèse en particulier sur le niveau de vie des plus jeunes.

Comme pour les inégalités, l’avenir demeure très incertain. Les effets de la crise sanitaire sur la pauvreté ont été atténués. Selon les données provisoires de l’INSEE concernant l’année 2020, le taux de pauvreté n’aurait pas augmenté. Globalement, les revenus sont restés quasiment stables en 2020, alors que l’activité a baissé de 8 %. Pour autant, cette situation n’est pas incompatible avec la croissance d’une forme de grande pauvreté, notamment celle de jeunes se retrouvant sans ressources. Rappelons qu’une baisse de revenu des personnes dont le niveau de vie est déjà inférieur au seuil de pauvreté — 900 euros mensuels au seuil à 50 % du niveau de vie médian —, soit un appauvrissement des plus pauvres, n’a pas impact sur le nombre de pauvres et le taux de pauvreté.

L’évolution actuelle de l’emploi est favorable. Si elle se poursuit durablement, la pauvreté devrait diminuer. Mais le cheminement est long et complexe. La baisse du chômage observée entre 2016 et 2020 avait eu un impact assez limité sur la pauvreté. Beaucoup dépend de la qualité des emplois et des personnes qui peuvent les occuper. La qualité des mesures de formation à disposition des moins qualifiés joue un rôle majeur. Enfin, si le chômage vient à baisser nettement, alors les entreprises seront moins regardantes sur les niveaux de qualification à l’embauche et auront davantage intérêt à assurer elles-mêmes le volet formation.

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Source : cette note est issue d’un partenariat avec le Centre d’observation de la société (http://www.observationsociete.fr/).



[1] Le coefficient de Gini permet d’évaluer le degré d’inégalité dans la distribution des revenus d’un pays donné. Il varie entre 0 et 1 (0 signifiant une égalité parfaite, 1 signifiant une inégalité totale) (NDLR).

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