Le potentiel des technologies visant à modifier le génome suscite autant d’espoirs que de craintes. Appliquées aux organismes végétaux ou animaux, ces technologies permettent de mettre au point des variétés toujours plus résistantes aux menaces extérieures, ainsi qu’aux exigences des systèmes de production et des consommateurs. Appliquées aux embryons humains, elles pourraient réduire la prévalence de certaines maladies génétiques.
Dans cette analyse prospective, Agnès Ricroch présente le fonctionnement et le potentiel de ces différentes techniques. Elle rappelle que, jusqu’à récemment, la transgenèse (qui permet d’obtenir des organismes génétiquement modifiés, OGM) concentrait la majorité des efforts et des espoirs, et qu’elle est désormais couramment utilisée en agriculture et en élevage. Depuis quelques années, c’est la technique CRISPR-Cas9 qui suscite le plus d’attention, car elle permet de réaliser des mutations plus ciblées (même si les risques d’erreur ne disparaissent pas complètement). À l’avenir, le potentiel de ces différentes techniques pourrait se déployer dans de nombreux secteurs, mais susciter aussi toujours des questionnements éthiques.
Or, Agnès Ricroch rappelle que les enjeux techniques sont indissociables des considérations géoéconomiques. La Chine est en effet devenue le pays qui dépose le plus de brevets de techniques de modification du génome, devant les États-Unis et très loin devant l’Europe. Or, ce pays reste très discret concernant sa réglementation dans ce domaine, et les États-Unis se montrent plus permissifs que l’Union européenne. L’auteur regrette que l’Europe ne parvienne pas à dépasser sa méfiance historique envers la transgenèse et craint donc qu’elle ne subisse à l’avenir les progrès en matière d’édition du génome imposés par d’autres pays moins prudents qu’elle.
Agnès Ricroch nous propose donc ici une analyse volontairement engagée, afin que les débats sur cet enjeu majeur ne restent pas cloisonnés au milieu de la recherche. Le champ de ces débats ne cesse en effet de s’élargir : il ne concerne plus seulement la question des OGM à finalité agricole, mais également les sérieuses questions éthiques que posent les applications médicales potentielles de ces techniques. • Futuribles



