Explorer les mondes qui succéderaient au capitalisme, esquisser la société qui viendrait après la transition, exposer les conditions et formes possibles de cette transition, tels sont les objectifs de cet ample et ambitieux ouvrage codirigé par Jérôme Baschet, historien (École des hautes études en sciences sociales), et Laurent Jeanpierre, sociologue et politologue (université Paris I). L’un comme l’autre n’en sont pas à leur coup d’essai en matière de réflexion sur les alternatives à l’état présent des choses : Jérôme Baschet a déjà signé Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien vivre et multiplicité des mondes, ainsi que Basculements. Mondes émergents, possibles désirables, quand Laurent Jeanpierre a coécrit avec Haud Guéguen La Perspective du possible. Comment penser ce qui peut nous arriver, et ce que nous pouvons faire [1].
La démarche qu’ils entreprennent ici ensemble pousse plus loin leurs travaux précédents, dans un parti pris qu’ils qualifient eux-mêmes d’« inédit » et de « risqué », exposé en ouverture de l’ouvrage : « Dépasser la simple critique du présent pour imaginer concrètement des futurs alternatifs ». À la lecture de cette somme (plus de 900 pages bien tassées) riche, diverse et iconoclaste, parfois inégale mais indéniablement stimulante, il apparaît que leur pari est réussi et valait la peine d’être tenté.
L’entreprise prend la forme d’un répertoire, d’une succession d’articles thématiques rassemblés en grandes familles : 67 entrées (augmentées de cinq sous-entrées), signées par pas moins de 73 contributeurs et contributrices, qui rendent manifeste la dimension collective et plurielle du texte. Ces entrées sont précédées d’un propos introductif posant un cadre de lecture relatif à la notion de postcapitalisme et aux lignes de force qui traversent l’ouvrage, dont la lecture est recommandée pour naviguer dans ces contenus. La « présentation de l’ouvrage » puis l’« introduction », consistante, permettent de mieux saisir les intentions de ce livre dédié au postcapitalisme à l’heure où, aux États-Unis notamment, la perspective éminemment capitaliste de l’abondance prend de plus en plus d’importance dans le champ tant politique qu’économiqu



