Tanguy Struye de Swielande propose, dans cet ouvrage, une lecture fine des relations sino-indiennes. Il n’est pas question de s’arrêter aux trajectoires nationales ni aux irritants frontaliers, mais bien d’identifier les ressorts profonds configurant cette rivalité historique. Ce qui se dégage de l’ouvrage est moins l’idée d’un duel conjoncturel que celle d’un antagonisme durable, structuré par des visions civilisationnelles, des ambitions de puissance et des perceptions de menace qui s’alimentent mutuellement. L’auteur soutient que, malgré l’intensification des échanges économiques, l’interdépendance demeure largement impuissante face aux ressorts politiques et identitaires des deux États. Loin d’une analyse fataliste, son travail met en évidence la manière dont les choix stratégiques de chacun contribuent à rigidifier le face-à-face et à peser sur l’architecture du système international.
La notion d’analyse centrale de l’ouvrage, celle de la « grande stratégie », est opératoire : elle n’enferme pas les États dans un plan figé. Elle désigne au contraire un processus continu d’adaptation, de remaniement et d’ajustement. La grande stratégie traduit les ambitions d’un État en relation avec ses ressources et sa capacité à les mobiliser. Appliquée à l’Inde, elle met en lumière une transition majeure. Longtemps définie par le non-alignement, Delhi apparaît d’abord en position de faiblesse. La conversion au multialignement illustre une stratégie pragmatique : préserver son autonomie en multipliant les partenariats, tirer parti des frictions entre blocs et attire



