Depuis que Donald Trump a pris ses fonctions à la Maison Blanche début 2025, il multiplie les annonces à la fois protectionnistes et volontaristes (en termes d’investissement) dans de nombreux secteurs économiques. Le retour au pouvoir de ce président, qui a mis dans son premier cercle les principaux leaders de la Tech, laisse penser que la guerre commerciale et technologique internationale qui sévissait déjà, en particulier entre les États-Unis et la Chine (semi-conducteurs, intelligence artificielle…), va considérablement se renforcer. Et l’Europe dans tout ça ?, interrogent de nombreux commentateurs. Prise en étau entre ces deux puissances, animée par des valeurs qui — légitimement — l’incitent à avancer plus prudemment dans la transition numérique, elle peine aussi à faire front uni sur le plan tant politique qu’économique. Insuffisamment compétitive, ne soutenant pas assez ses propres acteurs dans le domaine de la recherche, de l’innovation, etc., elle a progressivement perdu une grande part de son indépendance dans des secteurs clefs.
Est-ce irréversible ? Peut-elle encore lutter au plus haut niveau alors que les géants de la Tech, majoritairement américains et chinois, monopolisent la plupart des infrastructures stratégiques (centres de données, câbles sous-marins, secteur spatial…) ? C’est un défi d’ampleur, souligne ici Henri d’Agrain, délégué général du Cigref (qui accompagne l’intégration du numérique dans les organisations françaises), mais il faut rester combatif. Après avoir listé les enjeux dont l’Union européenne doit désormais se préoccuper sérieusement (faiblesses structurelles, dépendance au cloud américain, vulnérabilités diverses, normes extraterritoriales, notamment en matière de cybersécurité, incidences géopolitiques, droit commercial…), il propose trois trajectoires possibles pour l’Europe numérique selon la manière dont elle fera face à ces défis : statu quo confirmant une forme de relégation stratégique, transition ambitieuse et souveraineté numérique retrouvée, ou exacerbation des tensions renforçant sa vulnérabilité.



