France Stratégie a publié, en janvier 2025, un rapport intitulé La Demande en eau. Prospective territorialisée à l’horizon 2050. Ce travail de prospective part du constat que le cycle de l’eau sera de plus en plus affecté par le changement climatique, ce qui risque d’accroître les conflits d’usage dans les territoires. Il propose trois scénarios concernant la demande en eau dans les territoires français, variant selon l’évolution des usages : le scénario « tendanciel » prolonge les tendances passées ; le scénario « politiques publiques » repose sur l’hypothèse de la mise en œuvre de politiques publiques récemment annoncées, concernant directement ou indirectement le secteur de l’eau ; et le scénario « de rupture » se caractérise par un usage sobre de l’eau.

Dans chaque scénario d’usage, la demande en eau d’irrigation agricole, qui constitue les trois quarts de la consommation totale, est estimée selon deux projections climatiques — l’une optimiste, tablant sur des évolutions climatiques peu marquées ; l’autre pessimiste, envisageant un réchauffement marqué et de forts contrastes saisonniers en précipitations — et selon deux conditions météorologiques — un printemps-été sec et un printemps-été humide.
Entre 2020 et 2050, dans la configuration climatique la plus défavorable étudiée, c’est-à-dire avec la projection climatique la plus pessimiste et en cas de printemps-été sec, les prélèvements annuels à l’échelle nationale stagnent dans le scénario tendanciel (+ 1 %). Ils diminuent dans les scénarios « politiques publiques » (- 24 %) et de « rupture » (- 47 %), notamment du fait de la baisse de la demande pour la production énergétique dans la vallée du Rhône.
La demande liée à l’irrigation augmente fortement et devient majoritaire dans tous les scénarios. À la différence de la production énergétique, l’irrigation consomme la majorité de l’eau prélevée en raison de l’évapotranspiration des plantes. Aussi, les consommations augmentent-elles substantiellement dans les scénarios tendanciel (+ 102 %) et « politiques publiques » (+ 72 %).
Si l’on se place dans le cas le plus défavorable étudié (projection climatique pessimiste et printemps-été sec), les consommations totales, pour leur part, augmentent par rapport à l’année 2020 dans tous les scénarios : + 102 % dans le scénario tendanciel, + 72 % dans le scénario « politiques publiques » (où elles sont multipliées par plus de deux dans près d’un quart des bassins versants) et + 10 % dans celui de rupture (seul scénario permettant de contenir l’augmentation des consommations dans cette configuration climatique).
Dans la projection optimiste, les consommations augmenteraient de 39 % dans le scénario tendanciel et de 24 % dans le scénario « politiques publiques » ; elles baisseraient de 21 % dans le scénario de rupture.
Ces évolutions sont détaillées selon 40 bassins versants en France métropolitaine. La carte ci-dessous permet de les visualiser dans chacun des scénarios.
Évolution des consommations entre 2020 et 2050 dans les trois scénarios d’usage, en cas de printemps-été sec et dans la projection climatique la plus pessimiste étudiée (en %)
Lecture : les frontières en noir correspondent aux 40 bassins versants étudiés. Les carrés sont proportionnels aux consommations en 2020 ; ces dernières varient de 9 millions dans le bassin versant « côtiers Artois » à 570 millions de mètres cubes dans le bassin versant « Rhône aval ». L’année 2020 est obtenue avec la météo réelle 2020 ; les résultats en 2050 sont obtenus avec la projection la plus pessimiste étudiée. À titre d’exemple : en 2050, dans le scénario tendanciel, les consommations augmenteraient de plus de 200 % dans le bassin versant de l’Adour (bassin versant en relief sur la première carte).
Source : La Demande en eau. Prospective territorialisée à l’horizon 2050, France Stratégie, p. 7.
Dans leurs travaux, les auteurs mettent en exergue les différences de prélèvements et de consommations d’eau selon les scénarios, notamment en été. Du fait de l’augmentation de la part de l’irrigation agricole dans les prélèvements, en 2050 la demande en eau devrait être davantage concentrée au cours des mois les plus chauds de l’année, quand la ressource en eau est au plus bas dans les milieux aquatiques.
Référence : Ferrière Simon et Arambourou Hélène, La Demande en eau. Prospective territorialisée à l’horizon 2050, Paris : France Stratégie, janvier 2025, 160 p.





