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Une analyse sans précédent du système agroalimentaire français et de ses impacts

BASIC, le Bureau d’analyse sociétale d’intérêt collectif, société coopérative analysant les impacts des modes de production et de consommation sur la société et l’environnement, en particulier dans l’alimentation et l’agriculture, a publié, début novembre 2024, un rapport très documenté sur ce que coûte le système alimentaire français. Intitulé Étude sur la création de valeur et les coûts sociétaux du système alimentaire français, ce travail de recherche a été réalisé dans le cadre d’une étude plus large portée par le Secours catholique et Caritas France : L’Injuste Prix de notre alimentation. Quels coûts pour la société et la planète ?

Il s’agit là de l’analyse la plus intéressante et la plus claire du système agroalimentaire français — sa structure économique, son financement, ses coûts pour la collectivité… — que l’on ait pu lire depuis longtemps. Au fil de ses 300 pages très illustrées (+ 170 pages d’annexes), c’est en fait tout le système agroalimentaire français qui est analysé et synthétisé de manière remarquable — et non seulement les coûts sociaux associés comme le titre pourrait le laisser entendre.

Quelques données : un chiffre d’affaires global de 358 milliards d’euros, 48,4 milliards d’euros de soutiens publics (en incluant les aides de crise, hors Covid [environ 10 milliards d’euros en 2021]), dont un cinquième (21,4 %) venant de la politique agricole commune (PAC) — ce qui n’est pas tant —, un coût social (santé, environnement…) de 19 milliards d’euros, huit millions de « pauvres alimentaires » (dont deux millions dépendant pour se nourrir de la solidarité quotidienne).

Chiffres d’affaires et volumes à chaque maillon du système alimentaire français en 2021 (en euros et en tonnes)

Source : BASIC, synthèse de l’étude, p. 7.

Répartition du coût des impacts négatifs du système alimentaire français, pris en charge par les dépenses publiques en 2021, à hauteur de 19 milliards d’euros

Source : BASIC, synthèse de l’étude, p. 28.

Et surtout : une concentration de la valeur et du pouvoir économique entre les mains d’un nombre très restreint de grands acteurs, avec des soutiens publics allant pour plus de 80 % à des chaînes de valeur peu différenciées mettant l’accent sur la quantité ; la perte de la diversité culturale (89 % des sols cultivés sont désormais couverts par seulement sept classes de cultures : prairies et fourrages, blé tendre, maïs grain et ensilage, orge, colza, tournesol et vignes). Dans tous ces domaines et notamment sur les chaînes de valeur (où l’on relève que 92 % de la valeur des ventes de produits alimentaires en France est réalisée par les chaînes de valeur « indifférenciées [1] », qui pressurisent systématiquement le maillon agricole) et l’évaluation du coût social, le rapport est très précis et apporte des informations pour partie inédites.

Concentration des acteurs économiques aux différents maillons du système alimentaire français en 2021

Source : BASIC, synthèse de l’étude, p. 10.

Entre 1955 et 2020, le nombre d’exploitations agricoles en France a quasiment été divisé par six, tandis que la surface moyenne est passée de 19 hectares à 69 hectares. Et la valeur ajoutée créée par l’agroalimentaire n’a cessé de croître depuis les années 1960, alors qu’en vis-à-vis la valeur ajoutée agricole a eu tendance à stagner à partir des années 1980.

Valeur ajoutée cumulée des branches agricoles et transformation agroalimentaire (en milliards d’euros, prix courants)

Source : BASIC, synthèse de l’étude, p. 16, d’après les données de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques).

Les auteurs de l’étude ont mis au point une boussole de durabilité de l’alimentation croisant une quinzaine de critères permettant d’examiner les impacts sociaux du système. La méthodologie et tous ces critères sont détaillés dans une annexe très riche elle aussi. Le schéma ci-dessous permet de mieux les appréhender et montre les impacts quantitatifs du système alimentaire sur ces items.

Aperçu des impacts du système alimentaire français

M= millions ; Mds = milliards.
Source : BASIC, synthèse de l’étude, p. 26.

L’étude est brièvement résumée sur cette page, et une synthèse de 38 pages est en ligne.

Le document complet peut aussi être téléchargé sur ce lien. Et que les lecteurs ou acteurs du secteur les plus motivés n’hésitent pas à entrer dans les 170 pages d’annexes qui documentent, avec un regard systémique, les problématiques de durabilité écologique abordées par les auteurs sur la quinzaine d’entrées présentées sur le schéma (climat, qualité de l’air, biodiversité, eau, sols, énergie, déchets, conditions de travail, santé humaine, niveau de vie, bien-être animal, etc.).

À lire absolument par tous ceux qui s’intéressent à l’agriculture et l’alimentation, et par tous les consommateurs que nous sommes.

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N.B. : l’auteur remercie Stéphanie Debruyne pour les compléments apportés à cette note.

  1. Par opposition aux chaînes de valeur différenciées qui s’appuient sur des principes de coopération pour créer de la valeur pour l’amont agricole et au moins un autre maillon de la chaîne, les chaînes indifférenciées font primer la croissance des ventes sur la qualité des produits, et font pression à la baisse sur les prix agricoles et sur les coûts internes.

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