L’hypothèse d’un décrochage économique de l’Europe par rapport aux États-Unis s’est imposée comme un sujet phare dans le débat économique et médiatique ces derniers mois. Sébastien Bock et ses coauteurs (de l’OFCE) ont récemment consacré une note [1] fournissant de précieux éléments de cadrage sur ce sujet. Celle-ci s’intéresse à la période 2000-2019. Les années plus récentes marquées par la crise sanitaire et la crise énergétique ne sont pas traitées ici, mais elles confirment ce décrochage : fin 2023, le niveau du produit intérieur brut (PIB) américain dépassait celui de 2019 d’un peu plus de 9 points contre seulement 3,2 points dans la zone euro (avec une quasi-stagnation en Allemagne).
Le ralentissement de la croissance économique européenne a débuté avant ces chocs conjoncturels, signe qu’il relève de facteurs structurels plus anciens. Le PIB par habitant (PIB/hab.) de la zone euro, exprimé en parité de prix et de pouvoir d’achat, a connu une croissance annuelle de 0,9 % par an en moyenne sur la période étudiée, soit une croissance plus faible qu’aux États-Unis. Il représentait 77 % de celui d’un Américain en 2000, contre 72 % en 2019 (et 70,6 % en 2022). Il est à noter que le différentiel avec les États-Unis est, lui, resté stable à 68 % dans l’Union européenne (UE) à 27 (croissance de 1,2 % par an). À titre de comparaison, le PIB/hab. chinois a été multiplié par cinq sur cette période, mais il ne représentait en 2019 que 40 % de celui de l’UE. Au niveau national, les situations sont contrastées. Le PIB/hab. allemand ramené à celui des États-Unis a connu une légère hausse jusqu’à un pic de près de 85 % au début des années 2010, avant d’amorcer une baisse et d’atteindre 82 % en 2019. L’Italie a connu un déclin continu, passant de plus de 80 % à 65 %. La France présente une trajectoire similaire à celle de la zone euro.
Niveau relatif du PIB par habitant de la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne vis-à-vis des États-Unis (base 100)
Source : Bock Sébastien et alii, op. cit., p. 5.
La crise économique et financière de 2008 représente une rupture, les économies européennes n’étant pas parvenues à assurer un rebond aussi rapide et marqué qu’outre-Atlantique, avec une dépression exacerbée par la sur-crise des dettes souveraines. Ainsi, les auteurs s’interrogent : s’agit-il « d’une fragilité ex ante (institutio



