Les investissements dans le domaine de la viande artificielle ont atteint près d’un milliard de dollars US en 2021. Pourtant, depuis, ils ont tendance à diminuer. Cette technologie parviendra-t-elle réellement à s’imposer comme une alternative grand public à la viande d’élevage ? Quels seraient les freins à lever pour cela ? Pour répondre à cette question et faire le point sur le secteur de la viande dite « de culture », Alice de Bazelaire a interrogé Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), président de l’Association française de zootechnie, membre de l’Académie d’agriculture et membre de l’Académie de la viande, coauteur d’un article récent sur les perspectives de la viande cellulaire paru dans la revue Animal.
Pouvez-vous expliquer ce qu’est la viande artificielle et comment elle est produite ?
Jean-François Hocquette : La viande artificielle, également appelée « viande de culture », est produite par la forte multiplication de cellules musculaires dans des bioréacteurs. Ce processus se réalise dans un milieu de culture riche en nutriments, hormones et facteurs de croissance nécessaires à la prolifération des cellules musculaires. L’objectif est d’obtenir une quantité importante de viande à partir d’un nombre limité de cellules musculaires grâce à un taux de multiplication élevé des cellules.
Les cellules d’origine ainsi cultivées peuvent provenir soit de biopsies régulières pratiquées sur des animaux d’élevage (avicole, bovin, porcin ou autre) ; soit de lignées cellulaires, c’est-à-dire de cellules possédant la capacité de se reproduire indéfiniment, consécutivement à une transformation génétique. Ces cellules se multiplient un très grand nombre de fois dans les bioréacteurs à température physiologique, produisant ainsi de gr


