Dans ma précédente chronique, je partais de la thèse de Jim Dator sur l’avènement de la société de l’imaginaire (dream society) pour envisager deux scénarios : celui d’une interminable guerre culturelle se déployant dans l’espace des imaginaires et celui de la revanche du réel sous la forme de la multiplication probable des catastrophes écologiques. Alors que Jim Dator en défend un troisième autour de la « gouvernance quantique », on peut se demander si ce n’est pas plutôt l’extinction du politique qui s’amorce sous nos yeux.
Neuf phénomènes dans lesquels nous sommes immergés justifient que l’on puisse parler de société de l’imaginaire :
1) Le recul du texte, de la littératie, de la lecture et de la littérature, au profit de l’image et du son qui instaurent un nouvel univers d’expression des émotions.
2) Le déclin du système éducatif, qui resté ancré dans les « savoirs fondamentaux » alors qu’il devrait laisser la place à la random access education (l’éducation par l’accès aléatoire aux connaissances), c’est-à-dire la compréhension et le maniement des outils de la connaissance permettant à l’élève de « naviguer librement » dans un océan des savoirs désormais ouvert.
3) La publicité, qui crée autour de nous un univers d’images, d’émotions et de simulacres, sans rapport avec la vérité et la raison.
4) Les parcs à thème, le tourisme de masse et l’ubiquité de ce que l’on qualifie aujourd’hui d’« événement », un mix rassemblement-spectacle-performance, allant du salon professionnel aux Journées mondiales de la jeunesse, en passant par la Fashion Week.
5) Les compétitions sportives, catégorie majeure d’événement et activité économique à part entière.
6) Les jeux vidéo.
7) La consommation de drogues et de médicaments, l’extension du recours à la chirurgie esthétique et la banalisation du tatouage qui fait du corps lui-même un support d’images.
8) La pornographie et le cybersexe.
9) Le rêve persistant de la conquête spatiale.
La dream society entre, selon Jim Dator, dans son âge d’or avec la production d’articlects (terme qu’il utilise pour désigner les artificial intellects, les produits de l’intelligence artificielle [IA]) qui abolissent les fro




