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L’évolution des valeurs

Cet article fait partie de la revue Futuribles n° 456, septembre-octobre 2023

En France, les vacances sont terminées, c’est la rentrée. Non seulement pour les jeunes qui font des études, mais aussi pour un grand nombre d’actifs en emploi, soit 68,6 % (tous emplois confondus) des personnes âgées de 15 à 64 ans. Le taux de chômage est descendu à 7,1 % (données d’avril 2023) ; il a diminué pour les jeunes et les personnes d’âge intermédiaire mais légèrement augmenté pour les seniors, alors que les décrets d’application de la réforme des retraites sont maintenant publiés. La situation de l’emploi s’améliore donc même si le nombre d’emplois à temps partiel progresse, ainsi que les salaires — sans toutefois suivre l’inflation ni réduire les inégalités. Mais le nombre de chômeurs déclaré par Pôle emploi (catégories A, B et C) reste important, alors que beaucoup d’employeurs se plaignent toujours de difficultés de recrutement. Outre le problème des qualifications, le rapport des Français au travail a changé, et ce changement s’est accéléré sous l’effet de la Covid et du télétravail.

S’appuyant sur de nombreux travaux récents, Jennifer Clerté et Marc Malenfer brossent un tableau de ces évolutions. En majorité, les Français sont plutôt satisfaits de leur travail, mais ils se plaignent de leur rémunération, des faibles perspectives de carrière, de l’insuffisante opportunité de recourir au télétravail, et plus encore de la pénibilité de leur emploi. Les jeunes en particulier se disent moins motivés depuis la crise sanitaire et désirent pouvoir trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. S’il n’y a pas de « grande démission », le sens du travail est à réinventer de sorte qu’ils s’y trouvent plus épanouis, qu’ils en ressentent l’utilité, qu’ils y soient reconnus et respectés, et disposent d’une certaine autonomie. Faute de quoi, ils seront davantage tentés par une réduction du temps de travail ou enclins à s’engager dans des activités complémentaires.

L’enquête européenne (six pays) sur le travail de bureau dont Sarah Proust rend compte va dans le même sens. Celle-ci souligne d’abord l’origine du bureau auquel on est assigné, pour montrer la nécessité de plus d’espaces individuels, de flex office mais aussi de plus d’espaces collectifs. Les salariés européens souhaitent majoritairement travailler la moitié du temps au bureau et l’autre moitié en télétravail, celui-ci étant perçu comme une amélioration de leurs conditions de vie, notamment en raison de l’autonomie qu’il leur confère. Son enquête révèle aussi combien le style de management doit changer, être plus respectueux du rôle propre à chacun, moins autoritaire que mobilisateur de talents.

Ces aspirations sont conformes à l’analyse de Pierre Bréchon qui souligne, à partir des enquêtes sur les valeurs des Européens menées depuis 1981, combien l’individualisation ne cesse de croître tandis que l’individualisme régresse, bien que d’importantes différences subsistent entre l’Ouest et l’Est de l’Europe. On n’insistera jamais assez sur ces deux notions — l’individualisme renvoyant à une tendance à agir toujours en fonction de son intérêt personnel, donc à privilégier le « chacun pour soi » ; l’individualisation désignant la volonté de faire des choix autonomes, personnels, non en fonction des autorités (quelles qu’elles soient). Vouloir ainsi s’affranchir des normes et injonctions collectives se traduit par une diversification des modèles familiaux, une évolution sensible des rapports entre les hommes et les femmes et, plus généralement, une plus grande attention réservée aux autres et une implication politique plus marquée.

« Relier les humains les uns aux autres, sans considération de frontières, permettre l’interpénétration des communautés, des sujets, des passions », telle est la promesse fondamentale des réseaux sociaux, écrit Caroline Faillet. Elle rappelle que ces réseaux ont joué un rôle majeur dans les « printemps arabes », le mouvement des « gilets jaunes », #MeToo et #BlackLivesMatter, ainsi que dans les mouvements sociaux violents du début de l’été en France. Si important d’ailleurs que les services en charge du maintien de l’ordre s’en inquiètent et envisagent d’en interdire certains… Mais près de cinq milliards de personnes dans le monde sont devenues des adeptes de ces plates-formes dont l’autrice souligne autant les vertus que les défauts, y compris la captation et l’usage à des fins commerciales des données personnelles des internautes. Le Web 3.0 pourrait changer la donne, mais cela prendra du temps… Or, nous ne sommes pas à l’abri de catastrophes soudaines qui exigent une action urgente.

Nos lecteurs sont bien au fait des catastrophes que peut entraîner le changement climatique, de la nécessité de mieux les anticiper et d’accroître notre résilience. Le Japon, qui commémore le centenaire des séismes du Kantō de 1923, est, hélas, particulièrement vulnérable à de tels aléas liés en l’espèce à la tectonique des plaques. Jean-François Heimburger nous explique pourquoi et montre quelles sont les mesures mises en œuvre pour y faire face.

#Conditions de vie #Réseaux sociaux #Système de valeurs #Travail