Un article et un rapport publiés dans le journal Science en décembre 2024 alertent sur les risques liés à la création d’organismes « miroirs », des formes inversées du vivant. Bien qu’encore théoriques, ces êtres pourraient survivre, proliférer et causer des infections mortelles. Les auteurs demandent un moratoire. Cette prise de position inhabituelle interroge sur les enjeux, les risques et les financements de la recherche.
Imaginez un monde où les bouchons des bouteilles en plastique s’ouvriraient dans l’autre sens, où les tire-bouchons tourneraient dans le sens contraire et où les claviers d’ordinateur seraient POIUYT, c’est-à-dire des miroirs de nos claviers AZERTY. Nous aurions beaucoup de mal à nous adapter. Dans les cellules, se trouvent des millions de molécules différentes qui interagissent les unes avec les autres. La plupart de ces molécules sont complexes et leur image dans un miroir donne à voir des molécules aux formes inversées, que l’on appelle molécules miroirs. Du fait de leur forme inversée, ces molécules miroirs ne peuvent plus se lier avec les molécules avec lesquelles elles interagissaient. Comme un bouchon avec un pas de vis inversé ne permet plus de fermer une bouteille en plastique. En revanche, elles peuvent interagir avec des molécules miroirs. En théorie, il est possible d’imaginer un nouveau monde vivant où toutes les molécules seraient miroirs de celles que l’on connaît. On aurait ainsi deux mondes incompatibles, chacun faisant intervenir des réactions chimiques similaires, mais avec des molécules miroirs l’une de l’autre.
En 2012, dans son livre Regenesis coécrit avec Ed Regis [1], le biologiste américain George Church — un homme à la barbe blanche, charismatique, qui fait souvent la une des journaux pour ses différentes start-ups biotechnologiques, toutes plus incroyables les unes que les autres — vantait les bienfaits de la bio


