Allons-nous manquer de pétrole ? Ou au contraire le pétrole va-t-il devenir bientôt une source d’énergie désuète, dont les capacités de production excéderont durablement la demande ? Sur la réponse à ces questions, les meilleurs experts sont formels, mais ils ne sont pas d’accord entre eux.
Aux origines du pic
Les origines de la controverse remontent au milieu des années 1950, lorsqu’est évoquée pour la première fois l’hypothèse d’un pic pétrolier, c’est-à-dire celle d’un plafonnement de la production, suivi d’un déclin, sur une pente symétrique à celle de la croissance qui précédait le pic. Cette notion de pic est forgée en 1956 par le géophysicien Marion King Hubbert et son analyse porte sur les États-Unis : il prédit alors que, compte tenu des réserves estimées et de la production historique cumulée, la production devrait plafonner vers le milieu des années 1970 et suivre ensuite une courbe en cloche que l’on appellera rapidement la « courbe de Hubbert ».
Graphique 1. La courbe de Hubbert originelle
Source : Hubbert M. King, « Nuclear Energy and Fossil Fuels », Shell Development Company, repris dans Drilling and Production Practice, American Petroleum Institute, 1956.
Cette prédiction ne sera pas sans impact sur les analyses menées alors sur la contribution relative des énergies fossiles et de l’énergie nucléaire dans l’approvisionnement énergétique mondial à long terme. De fait, à partir de la fin des années 1960 et face à une consommation de pétrole très dynamique, la croissance de la production américaine commence à fléchir (voir infra graphique 3). Et les chocs pétroliers de 1973-1974, puis de 1979-1980 semblent apporter — après la publication du rapport du Club de Rome [1] — la confirmation retentissante d’un « changement de monde » lié à la raréfaction du pétrole.
Il y a bien un changement de monde. Mais la nouvelle réalité est complexe, car au moment des chocs, l’industrie pétrolière s’est déjà mise en marche pour trouver de nouveaux gisements, plus difficiles d’accès, mais qui deviennent exploitables du fait des hausses de prix consécutives aux chocs et des progrès technologiques (sismique 3D, forages profonds, multidirectionnels…). L’industrie pétrolière connaîtra donc un second so



