Les drones, définis comme des objets volants guidés à distance (depuis le sol ou depuis un autre aéronef) sans présence humaine à bord, sont souvent l’objet de reportages dans les médias, qui rapportent de plus en plus régulièrement des cas d’usage de drones militaires notamment au Pakistan, en Afghanistan, au Yémen ou encore en Somalie. Les drones, ou plus précisément les systèmes de drones (qui intègrent au-delà du drone lui-même les infrastructures nécessaires à son pilotage) ont en effet connu un fort développement militaire dans les 20 dernières années ; aujourd’hui, une cinquantaine de pays en seraient dotés [1]
Les raisons le plus souvent avancées par les responsables de la défense pour justifier leurs usages sont les suivantes. Ils permettent tout d’abord de protéger les pilotes de l’armée de l’air, qui peuvent effectuer des missions sans être à bord de l’appareil. Le drone assure des missions dangereuses pour l’homme. Par ailleurs, un pilote de drone n’est pas forcément un pilote de l’armée de l’air, ce qui élargit considérablement le périmètre des opérateurs. Ensuite, la surveillance en temps réel s’est imposée comme norme, notamment avec l’usage de l’informatique, et le drone est devenu une sorte d’extension de ce concept sur le théâtre d’opérations sensibles. Par ailleurs, la réduction des budgets de défense a entraîné la recherche de technologies moins coûteuses, le drone, réutilisable, apportant une solution aux armées moins onéreuse que des appareils classiques (surveillance aérienne, satellitaire). L’idée souvent associée aux drones de « frappes chirurgicales » qui évitent les dommages collatéraux est plus facilement acceptable socialement que des frappes plus larges qui pourraient atteindre de nombreux civils, même si, bien sûr, les drones ne frappent pas toujours de manière si chirurgicale, car c’est l’homme à distance qui enclenche le tir, et il peut lui aussi se tromper de cible. Enfin, le drone évite le risque de perdre un pilote en zone ennemie. Ainsi, les risques de prise d’otage sont diminués dans des zones dites sensibles.
En 2013, événement intéressant à noter, pour la première fois, le conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies a autorisé l’ONU à contracter des drones de surveillance en appui à sa mission de maintien de la paix au Congo. Va-t-on vers un nouveau paradigme de guerre à distance ? Quelles sont les controverses relatives à l’usage de plus en plus répandu de drones à des fins d’assassinats ciblés ? Plus fondamentalement, une deuxième question émerge avec l’arrivée des drones dans le monde civil, et ce dans de nombreux secteurs d’activités (réseaux énergie et transport, inspection d’ouvrage d’art, agriculture, bâtiment, énergie, etc.). Cette note d’analyse revient sur les déterminants de ce basculement et sur les ruptures que cela pourrait entraîner à l’avenir, en termes économiques, sociaux, politiques, éthiques, réglementaire entre autres.
[1] D’Aboville Benoît, « Actualité des drones », Commentaire, n° 143, 2013.



