La réflexion participative « Garonne 2050 » sur la gestion quantitative de l’eau en prenant en compte les évolutions démographiques, énergétiques et socio-économiques du bassin a été menée par l’Agence de bassin Adour-Garonne sur trois ans.

Un état des lieux a permis de partager l’évolution passée du territoire, notamment le fait que les rivières du bassin souffraient déjà d’un manque d’eau en période estivale et qu’en conséquence le débit objectif d’étiage (DOE) [1] et la satisfaction de l’ensemble des besoins humains n’étaient pas toujours garantis. Or à l’horizon 2050, les modèles climatiques [2] indiquent une tendance lourde à la baisse des débits annuels des cours d’eau du sud-ouest de la France de 20 % à 40 %, et pouvant aller jusqu’à 50 % en période estivale. Par ailleurs, avec l’élévation de la température, les besoins en eau de l’agriculture sont augmentés.

À l’issue de ce diagnostic, une phase de prospective exploratoire impliquant tous les usagers de l’eau du bassin a permis de construire cinq scénarios socio-économiques du bassin à l’horizon 2050.

Ces scénarios ont été simulés par des modèles hydrologiques pour chiffrer les volumes d’eau à mobiliser dans chacun d’entre eux. En outre, les coûts pour le gestionnaire du bassin versant, selon les scénarios, ont été évalués. Ces scénarios quantifiés ont été largement mis en débat, pendant huit mois et un forum, grâce à l’animation de l’Agence de bassin.

Aucun des scénarios présentés n’est apparu acceptable « en l’état » de façon consensuelle par les acteurs du territoire. Le débat était idéologiquement séparé entre les tenants d’une ressource à gérer via le stockage pour les activités humaines, et les tenants d’une ressource en eau à préserver par la sobriété et sans anthropisation supplémentaire (donc sans stockage). Mais un scénario montrait que même avec une sobriété maximale et en arrêtant l’agriculture irriguée, le débit d’étiage en 2050 serait trop faible.

Pour aboutir à un scénario stratégique, le comité de pilotage de l’étude et les membres de la commission Planification du Comité de bassin ont réorienté l’étude sur un chiffrage plus précis de deux variables à l’origine d’un clivage entre les parties prenantes :

  1. 1. Le déficit en eau lié au changement climatique qu’il serait nécessaire de compenser en période estivale par de l’économie de prélèvement, ou par du stockage, selon le débit d’étiage objectif (de celui d’aujourd’hui à une adaptation aux moindres précipitations de 2050).
  2. 2. Les volumes agricoles prélevables, en allant d’une augmentation pour répondre aux besoins des plantes sous changement climatique à une réduction par des cultures et des pratiques sobres. C’est-à-dire, les volumes d’aujourd’hui (volumes validés de 2013), ou des volumes prélevables augmentés de 20 % pour faire face aux besoins des plantes et préserver la production agricole telle qu’elle existe ou encore diminuer les volumes prélevables de 20 % en adaptant tant les cultures que les pratiques agricoles.

 

Lors de cette seconde phase de quantification, les autres paramètres de l’étude ont été fixés pour ne faire apparaître que l’influence des deux variables précédentes. Le résultat majeur est que si l’on souhaite compenser l’hydrologie naturelle sous changement climatique et maintenir le débit objectif d’étiage d’aujourd’hui, il faut combler de l’ordre de 760 millions de mètres cubes (Mm3) d’eau par an à l’horizon 2050.

À titre de comparaison, les prélèvements agricoles estivaux pour l’agriculture irriguée sont de l’ordre de 400 Mm3 et les réserves stockées pour l’hydroélectricité sur ce bassin sont de 1 000 Mm3.
La prise en compte de ces ordres de grandeur a permis de ramener le débat stratégique à trois scénarios dont le troisième est apparu comme le plus équilibré pour préserver à la fois les aménités liées à l’eau (les usages) et les activités (les prélèvements agricoles, énergétiques…). Ce troisième scénario compense pour moitié seulement les débits d’étiage et associe des prélèvements sobres pour l’agriculture, une contribution estivale plus importante des stockages hydroélectriques et la construction de réserves de stockage supplémentaires.


[1] Débit minimal permettant l’atteinte du bon état des eaux : l’objectif est de garantir le respect de ce débit au moins quatre années sur cinq.
[2] Voir l’étude Explore 2070. L’IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture) et Acteon, qui avaient déjà participé à cette étude de modélisation climatique des débits, participaient également à l’étude « Garonne 2050 » (pilotée par Acteon).